«Fontainebleau, le 1er avril 1814, six heures du matin.
«Dans la situation actuelle des affaires, l'Empereur s'est résolu à
réunir le gouvernement à Orléans en y rassemblant toutes les réserves de
l'intérieur, à se placer avec toute son armée entre Fontainebleau et
Paris pour empêcher les malveillants de se livrer à leurs mauvais
penchants et encourager les bons; obligeant l'armée ennemie à se tenir
réunie, puisque le moindre détachement qu'elle ferait hors de Paris
livrerait cette ville à l'Empereur.
«Je donne l'ordre au duc de Trévise de prendre position à la gauche
d'Essonne. Vous devez, monsieur le maréchal, prendre position avec votre
corps à la droite d'Essonne; par ce moyen, l'ennemi sera obligé de
passer la rivière d'Essonne devant l'armée. L'inconvénient de cette
position saute aux yeux, puisque la rivière d'Essonne refuse la gauche
qui tombe sur la route d'Orléans.
«Le plateau de Fontenay-le-Comte à la Seine n'est que de deux petites
lieues; on peut y avoir autant de débouchés que l'on veut sur la
position d'Écote.
«Il serait convenable de se tenir maître d'Essonne et de Corbeil, afin
de faire de la poudre dont nous avons grand besoin, et de profiter des
magasins de farines qui sont très-considérables.
«Concertez-vous, monsieur le duc, avec M. le duc de Trévise; choisissez
votre position; placez votre artillerie en batterie; l'armée arrive
demain et suivra le même mouvement. Faites de suite travailler aux
fortifications de Corbeil et d'Essonne, afin d'avoir, s'il est possible,
deux débouchés. Faites fortifier la rivière d'Essonne; envoyez-moi de
suite un mémoire sur cette position; qu'elle ait plus ou moins
d'avantages, il faut la prendre dans tous les cas, parce que la rivière
l'indique naturellement.
«Reconnaissez s'il y aurait une position entre Corbeil et Choisy, par
exemple en avant de Ris, où on peut surveiller les deux routes d'Orléans
et de Fontainebleau, avoir les derrières libres pour la retraite, et où
on pourrait placer avec avantage une armée de quarante mille hommes. En
trois ou quatre jours on aurait construit bien des redoutes et des
ouvrages qui ajouteraient à la force naturelle de la position.
«Pour compléter le système, quand vous aurez vu la position, voyez la
position de la rivière de l'École, afin de pouvoir donner votre avis sur
ces trois positions. L'Empereur compte qu'à midi il doit être sans
inquiétude sur la position que vous aurez occupée avec le duc de
Trévise. Envoyez de la cavalerie à Arpajon, et poussez votre avant-garde
sur la route de Paris aussi loin que vous pourrez, poussant des
reconnaissances.
«Je vous envoie cette lettre par M. le colonel Bongars qui vous
accompagnera dans vos reconnaissances, et qui ne reviendra que lorsque
les troupes seront placées.
«Dans ce système il faut ordonner à la poudrerie de continuer de faire
de la poudre, et, au fur et à mesure qu'elle fabriquera, on évacuera sur
Fontainebleau, et on établira un artifice.
«Faites-moi connaître, monsieur le maréchal, la quantité de farine qui
se trouve à Corbeil, soit sur cette rive, soit dans les magasins de
l'autre rive, et faites rétablir le pont, si vous le jugez convenable,
afin d'évacuer les farines qui seront de l'autre côté. Comme il y a un
filet d'eau qui entoure la ville de l'autre coté, il doit être facile
d'occuper cette ville, ce qui assure un bon passage de la Seine,
indépendamment du pont de Melun.
«Envoyez de suite un officier du génie à Arpajon pour reconnaître la
place. S'il y a une muraille, il fera travailler de suite à la mettre à
l'abri des Cosaques.
«Le prince vice-connétable, major général,
«ALEXANDRE.»