«Épernay, le 17 mars 1814, six heures et demie du soir.
«Monsieur le duc de Raguse, l'Empereur, en arrivant ici, a appris que
l'ennemi avait passé la Seine sur ses ponts à Pont et marchait sur
Provins. Sa Majesté s'est résolue à marcher sur Troyes. Le quartier
général de l'Empereur sera demain à Semoine, et après-demain à Arcis. Sa
Majesté laisse à Épernay le général Vincent.
«L'Empereur désire, monsieur le maréchal, que vous ayez la direction de
votre corps et de celui du duc de Trévise, qui, dans ce moment, est à
Reims avec deux divisions d'infanterie et la cavalerie du général
Roussel, et qui a la division Charpentier à Soissons. Le ministre de la
guerre a dû envoyer un général de brigade avec quelques troupes à
Compiègne.
«Sa Majesté, monsieur le duc, désire que vous fassiez faire le plus de
mouvement possible de cavalerie pour imposer à Blücher et gagner du
temps. Si Blücher passait l'Aisne, vous devez lui disputer le terrain et
couvrir la route de Paris. Il est probable que le mouvement de
l'Empereur va obliger l'ennemi à repasser la Seine, ce qui arrêtera
Blücher et rendra disponible le corps du duc de Tarente, qui alors vous
serait envoyé.
«Il faut, monsieur le maréchal, pour les choses importantes, écrire en
chiffres par Épernay et par des hommes intelligents qui sachent passer
ailleurs que par les grandes routes.
«Il est très-important que vous envoyiez ordre sur ordre à la division
Durutte, composée de toutes les garnisons de la Meuse, de vous rejoindre
sur Reims, Rethel ou Châlons. Envoyez cet ordre de toutes les manières.
«Comme M. le maréchal duc de Trévise est le plus ancien, puisqu'il est
de la création, ayez l'air de vous concerter avec lui plutôt que d'avoir
la direction supérieure. C'est un objet de tact qui ne vous échappera
pas. Je charge le duc de Trévise de nommer un major pour commander la
place de Reims, la garde nationale et les batteries qui s'y trouvent, et
de faire partir demain le général Corbineau pour venir rejoindre
l'Empereur.
«Je recommande au duc de Trévise de porter tous ces soins à
l'organisation de la garde nationale et de la levée en masse, et de se
procurer quelques chevaux pour atteler la batterie laissée à Reims.
«Si Blücher prenait l'offensive dans la direction de Reims de manière à
ce que cette ville se trouvât sous les pas de l'ennemi, et que vous et
le duc de Trévise ne fussiez pas en état de la défendre, alors vous
retireriez avec vous, l'un ou l'autre, la garnison et les pièces de
canon, et vous emmèneriez les gardes nationaux de la levée en masse avec
vous.
«Le prince vice-connétable, major général,
«ALEXANDRE.»