LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.

«De la ferme de l'Épine, le 12 février 1814, huit heures du matin.

«Monsieur le duc de Raguse, l'ennemi s'est retiré sur Château-Thierry.

Nous l'avons repoussé de tous côtés. Il marche sur Vertus. De cette

ville, il se décidera à marcher sur Épernay ou sur Châlons. Que fera

l'ennemi? De Château-Thierry passera-t-il le pont pour se jeter sur

Reims, ou voudra-t-il forcer la chaussée à Épernay pour arriver à

Châlons. Dans tous les cas, la position paraît bien difficile. Votre

cavalerie, monsieur le maréchal, doit faire un ravage affreux sur les

derrières de l'ennemi, vu que sa cavalerie est en avant, et que ces

gens-ci ne sont pas accoutumés à voir leurs derrières compromis. Faites

des proclamations pour que partout on se lève et qu'on les arrête.

Faites imprimer vos proclamations par le premier imprimeur que vous

trouverez. Annoncez que soixante régiments russes ont été détruits,

qu'on leur a pris cent vingt pièces de canon; que le général en chef est

tué ou blessé mortellement; qu'il est temps que le peuple français se

lève pour tomber sur eux; que l'Empereur est à leur poursuite; qu'il

faut qu'on arrête tous les Cosaques, tous les détachements; qu'on coupe

les ponts devant eux; qu'on arrête les bagages, et qu'on ne leur donne

aucuns vivres.

«Si vous allez à Épernay, et que l'ennemi y vienne, vous aurez là une

belle position à prendre pour le resserrer contre la Marne.

«Nous recevons à l'instant votre lettre, datée d'aujourd'hui à une heure

et demie du matin; cela ne change rien aux dispositions de cette lettre;

marchez sur Vertus.

«Le prince vice-connétable, major général,

«ALEXANDRE.»

Mémoires du maréchal Marmont, duc de Raguse (6/9) · 第 116 / 213 题