«Champaubert, 11 février 1814.
«Monsieur le duc de Raguse, l'Empereur part à l'instant pour Montmirail.
Voici l'état des choses. Le 9 au soir, le duc de Tarente s'est battu au
village de Morar, en avant de la Ferté-sous-Jouarre. Une charge à la
baïonnette, faite par le général Albert, a tué à l'ennemi six cents
hommes et lui a fait beaucoup de prisonniers. York était encore à une
journée de la Ferté-sous-Jouarre. Le duc de Tarente a jugé convenable de
se porter le 10 entre Meaux et la Ferté-sous-Jouarre; là il doit
recevoir des renforts; il est donc probable qu'hier 10 York et Sacken
ont fait leur réunion. Sacken était de sa personne, avant-hier, 9, à
Vieux-Maison; il n'a pu être qu'hier, 10, à la Ferté. Nous sommes entrés
à Montmirail à minuit; avant quatre heures du matin, Sacken a dû savoir
l'état de la question; que fera-t-il aujourd'hui? Se portera-t-il sur
Montmirail pour ouvrir sa communication? Il se trouverait ainsi entre
deux feux; ou bien abandonnera-t-il toute la ligne de la
Ferté-sous-Jouarre à Montmirail pour se rejeter à Château-Thierry, ayant
ses communications assurées par la chaussée d'Épernay à Chalons? Il
paraît que Blücher à Vertus n'a pas de cavalerie. Dans cet état de
choses, monsieur le duc, aussitôt que nous saurons que Sacken prend le
parti de se porter sur Château-Thierry, nous reviendrons sur vous pour
lui couper la route de Châlons et marcher sur cette ville. Si, au
contraire, Sacken vient sur nous à Montmirail pour ouvrir sa
communication, il faudra que vous veniez nous rejoindre.
«Le prince vice-connétable, major général,
«ALEXANDRE.»