«Brienne, le 1er février 1814, neuf heures du matin.
«Monsieur le maréchal duc de Raguse, j'ai mis sous les yeux de
l'Empereur votre lettre du 1er février à une heure du matin, datée de
Morvilliers: vous ne faites pas connaître le nombre de pièces de canon,
le nombre d'hommes d'infanterie et de cavalerie que vous avez perdus. Y
a-t-il des aigles avec l'infanterie? Votre arrière-garde, composée de
cinq cents hommes de cavalerie et de trois cents d'infanterie, est assez
forte pour une arrière-garde destinée à marcher à une demi-lieue de
vous, et l'Empereur trouve qu'elle était évidemment insuffisante
lorsqu'au lieu d'arrière-garde vous en avez fait un détachement, et vous
en avez fait un détachement quand vous lui avez fait prendre une autre
direction, lorsque vous vous saviez environné d'ennemis; que pouvaient
faire alors trois cents hommes d'infanterie[8]?
[Note 8: La division Ricaud m'ayant été enlevée, et se trouvant
placée alors à Dienville-sur-l'Aube, mes troupes de toutes armes ne
s'élevaient pas à plus de trois mille hommes: je demande comment
j'aurais pu organiser une arrière-garde plus forte.]
«L'Empereur désire toutefois, monsieur le duc, avoir un état exact des
pertes en matériel et chevaux.
«On nous a dit aussi qu'un de vos parcs avait été pris par l'ennemi. Sa
Majesté pense que cela n'aurait pas eu lieu si vous aviez suivi l'ordre
donné. Je vous avais fait connaître que la route de Montier-en-Der était
très-mauvaise et presque impraticable, et que le parti le plus sage
était de suivre la chaussée. Vous seriez arrivé de bonne heure et sans
accident[9].
[Note 9: Il n'y avait qu'une difficulté, c'est que la grande route
était occupée par deux corps ennemis, celui de Wittgenstein, à
Doulevent, et celui de Wrede devant Soulaine. (_Notes du duc de
Raguse._)]
«L'intention de l'Empereur est que vous portiez votre quartier général à
Chaumesnil, et que vous gardiez les bois de Morvilliers; le grand chemin
de Brienne à Soulaine; que vous vous liiez par votre droite au duc de
Bellune qui occupe la Rothière et le Petit-Mesnil; que votre cavalerie
soit en force au village de la Chaise ou dans toute autre position de
cette route, de manière à bien éclaircir ce que fait l'ennemi à
Soulaine. L'ennemi paraît être en position à Frannes et à Selames.
Faites aussi aller des patrouilles de cavalerie jusqu'à Maizières pour
en imposer aux Cosaques qui voudraient battre les bois. Placez vos
équipages et vos embarras derrière Chaumesnil, route de Brienne.
Concertez-vous avec le due de Bellune pour vous secourir mutuellement au
premier coup de canon de l'ennemi; reconnaissez bien ensemble une
position appuyant la droite à l'Aube, à cheval sur la route de Bar et
sur celle de Soulaine. S'il est dans ce moment difficile de remuer la
terre, il doit être facile de couper des arbres pour améliorer cette
position qui serait couverte par trois cents pièces de canon et toute la
réserve qui est à Brienne, dans le cas où l'ennemi marcherait sur nous
pour nous attaquer.
«Le prince vice-connétable, major général,
«ALEXANDRE.»