LE MARÉCHAL MARMONT AU MAJOR GÉNÉRAL

«19 janvier 1814.

«J'ai eu l'honneur de vous rendre compte hier de l'établissement de nos

troupes à Saint-Mihiel. J'ai sur ce point la deuxième division de

voltigeurs de la garde, forte de deux mille cinq cents hommes, qui était

la plus à portée de s'y rendre.

«Tous les travaux relatifs à la rupture du pont seront terminés ce soir

à dix heures; mais le pont ne sera coupé qu'en cas d'attaque sérieuse de

l'ennemi.

«Divers rapports m'ont annoncé que l'ennemi n'avait avant-hier presque

aucune infanterie sur la rive gauche de la Moselle. Cependant le général

Decous assure que l'ennemi a deux mille hommes d'infanterie à

Bouconville et Xivrai. Je lui ai donné l'ordre de faire demain matin une

reconnaissance au delà d'Apremont, afin de savoir d'une manière certaine

à quoi s'en tenir.

«Mon avant-garde de Manheulle et Haudeaumont a été attaquée ce soir par

un millier de chevaux prussiens. Nous avons eu huit hommes blessés et

nous en avons blessé ou pris une quarantaine à l'ennemi, dont un

officier. La perte de l'ennemi est le résultat d'une charge qu'il a

faite sur le village de Manheulle, qui était occupé par de l'infanterie

bien postée, et qui l'a bien reçu. Le rapport du général Piquet, qui

commande cette avant-garde, porte que les prisonniers faits annoncent

que le corps qui a attaqué est de douze cents chevaux, trois bataillons

et plusieurs pièces de canon. J'attends les prisonniers pour les

questionner moi-même.

«On a vu huit cents chevaux et deux pièces de canon, mais ni infanterie,

ni le reste des pièces indiquées, de manière que je ne puis dire si

c'est l'avant-garde d'un corps d'armée. Je le vérifierai demain.

«Dans le cas où l'armée ennemie n'aurait pas fait de mouvement en avant

de la Moselle comme des rapports l'annoncent, ou si ce mouvement n'a pas

en lieu d'ici à deux jours, je crois qu'il serait tout à fait convenable

de se reporter sur la Moselle, car cette ligne est bonne. Mais, pour que

cela puisse s'exécuter, pour qu'on y arrive sans danger et de façon à

conserver la ligne, il faudrait agir méthodiquement et que toutes les

troupes fussent sous le même commandement; car, sans cela, avec

l'éloignement des corps de troupes que la garde de cette ligne comporte,

il y a beaucoup de chances à courir si elles ne sont pas toujours dans

la même main. Dans le placement des troupes sur la Moselle, je pense

qu'elles devraient être ainsi disposées:

«Une division sur Pont-à-Mousson, une sur Marbach et Pompey, une sur

Toul, une à Bernecourt et une à Thiaucourt avec le quartier général.

Quelques postes suffiraient pour se lier avec Metz; mais il faut, je le

répète, un seul chef pour diriger tout cela.

Mémoires du maréchal Marmont, duc de Raguse (6/9) · 第 79 / 213 题