«Verdun, le 18 janvier 1814.
«Monseigneur, j'ai eu l'honneur de vous écrire hier que l'armée ennemie
était en mouvement sur Saint-Mihiel et que son avant-garde y était
arrivée hier matin. Cette nouvelle était fausse; cependant j'étais
autorisé à y croire, puisqu'elle m'était donnée par un des officiers que
j'emploie habituellement à courir le pays pour avoir des nouvelles, et
qui arrivait des environs de Saint-Mihiel pour m'en informer, et qui m'a
fait jusqu'ici des rapports exacts. Elle était d'ailleurs probable,
puisque l'ennemi possédait, depuis le 14, le pont de Frouard et qu'il
n'y a que deux petites marches de Nancy à Saint-Mihiel, et que c'était
hier le 17, ce qui aurait supposé que l'ennemi avait commencé son
mouvement du 15 au 16, dans l'espérance de remplir l'objet important de
surprendre le passage de la Meuse. Enfin, rien ne contredisait cette
nouvelle, puisque le général Ricard, qui occupait Pont-à-Mousson,
s'était retiré tout à fait en arrière sans s'arrêter à Thiaucourt, d'où
il aurait su à quoi s'en tenir sur les mouvements prétendus de l'ennemi:
mais il avait cru utile de s'éloigner, et dès lors j'étais privé d'avoir
des nouvelles par lui. J'ai eu ce matin des rapports qui m'ont fait
présumer que l'ennemi n'était point en force à Saint-Mihiel, et j'y ai
envoyé en toute hâte un détachement d'infanterie et de cavalerie sous
les ordres du colonel Fabvier. On y a surpris cinq cents Cosaques, qu'on
a chassés et à qui on a fait quelques prisonniers. En ce moment,
Saint-Mihiel est occupé; on dispose tout pour rompre le pont à
l'approche des forces de l'ennemi, et je suis en situation de défendre
la Meuse autant de temps qu'on voudra: tout dépend de celui que restera
le duc de Bellune. Mes troupes sont à Verdun et sur les bords de la
Meuse, et j'ai une forte avant-garde à Haudeaumont, dont les postes sont
à Manheulle. Dans cette position, je suis à même d'exécuter tous les
mouvements que les circonstances pourront exiger.»