«Saint-Cloud, le 16 novembre 1813.
«Mon cousin, je reçois votre lettre du 12 qui m'est apportée par mon
officier d'ordonnance Laplace.--Vous aurez reçu l'ordre que j'ai donné
pour faire filer toute ma garde sur Kayserslautern et sur la Sarre. Vous
aurez reçu également l'ordre que j'ai donné pour réunir tout le
cinquième corps à Coblentz. Il vous reste donc le deuxième corps, le
sixième et le quatrième.--Je ne pense pas que le deuxième soit
nécessaire à Strasbourg où les gardes nationales qu'on a levées seront
suffisantes.--Il paraît que notre mouvement doit avoir lieu du côté de
la Hollande, et que c'est de ce côté que l'ennemi a des intentions.--Le
ministre de la guerre a donné des ordres pour ôter tous les dépôts de
Mayence. On a ordonné que tous les dépôts des équipages militaires
fussent envoyés à Sampigny.--On a ordonné que les dépôts de la garde
fussent réunis à Metz. On a ordonné que toute l'artillerie qui ne serait
pas attelée et en état se rendît sur Metz.--Quant aux gardes d'honneur,
vous êtes le maître de les faire descendre un peu plus bas, si vous le
jugez convenable.--Faites-moi connaître si le second pont est établi à
Mayence: j'y attache de l'importance, afin de pouvoir déboucher
rapidement[5].--Soignez les gardes nationales qui sont sous vos ordres.
Passez-les en revue, et organisez-les le mieux possible.--Je pense qu'il
sera nécessaire que vous passiez la revue de tous les corps, afin de
pouvoir me présenter des nominations aux emplois vacants, et de faire
distribuer des armes et des habits à ceux qui en manqueraient.--J'espère
que tous les bataillons ne tarderont pas à être portés à huit cents
hommes. Je vous ai mandé que vous aviez beaucoup de cadres de bataillons
qui avaient reçu des Hollandais et des hommes isolés. Les uns et les
autres ayant été depuis incorporés dans les cadres de l'armée, je désire
que vous me fassiez connaître ce que sont devenus ces premiers cadres,
afin que je leur donne une destination.--Il est convenable que vous
visitiez la position de Kayserslautern et la liaison avec Sarrelouis et
Landau, puisque, si jamais l'ennemi voulait bloquer Mayence, le
quatrième corps formerait la garnison de la place, et votre position
d'observation paraîtrait devoir être naturellement Kayserslautern.--On
me rend compte qu'on a établi la redoute que j'ai ordonnée à
l'embouchure du Necker. Faites-en établir une à l'embouchure de la
Lahn.--Faites occuper, du côté de Coblentz, l'île du Rhin où il y a un
couvent de religieuses. Nous l'occupions dans les autres guerres, et
l'on m'assure que ce point peut nous être utile.--Si la compagnie du
train du génie ne vous sert à rien, vous pouvez la diriger sur Metz où
elle se complétera plus facilement.--Le ministre de l'administration de
la guerre aura fait connaître à l'intendant Marchand les dispositions
que j'ai faites pour les six compagnies du train qui me restaient dans
l'intérieur. Comme les ministres sont toujours lents à expédier, vous
trouverez ci-joint: 1° copie de mes ordres pour ces compagnies; 2° des
ordres que j'ai donnés pour les différents dépôts d'infanterie.--J'ai
placé le quartier général de la garde à Kayserslautern; je le ferai
aller plus loin. Quant au grand quartier général impérial, je ne verrais
pas de difficultés à l'éloigner. J'attends l'arrivée du prince de
Neufchâtel pour prendre une détermination à cet égard.--Je suppose que
vous n'avez pas d'embarras pour les chevaux de ma maison. J'ai ordonné
qu'ils fussent envoyés sur les derrières.
«NAPOLÉON.»
[Note 5: Quelle singulière prévision, fondée sur la plus étrange
illusion! (_Note du duc de Raguse._)]