Vous avez renoncé à Génève votre patrie; vous vous êtes fait chasser de
la Suisse, pays tant vanté dans vos écrits; la France vous a décreté.
Venez donz chez moi; j'admire vos talens; je m'amuse de vos rêveries,
qui (soit dit en passant) vous occupent trop, et trop long tems. Il faut
à la fin être sage et heureux. Vous avez fait assez parler de vous par
des singularités peu convenables à un véritable grand homme. Démontrez à
vos ennemis que vous pouvez avoir quelquefois le sens commun: cela les
fachera, sans vous faire tort. Mes états vous offrent une retraite
paisible; je vous veux du bien, et je vous en ferai, si vous le trouvez
bon. Mais si vous vous obstiniez à rejetter mons secours, attendez-vous
que je ne le dirai à personne. Si vous persistez à vous creuser
l'esprit pour trouver de nouveaux malheurs, choisissez les tels que vous
voudrez. Je suis roi, je puis vous en procurer au gré de vos souhaits:
et ce qui sûrement ne vous arrivera pas vis à vis de vos ennemis, je
cesserai de vous persecuter quand vous cesserez de mettre votre gloire à
l'être.
Votre bon ami,