MON CHER JEAN JACQUES,

Vous avez renoncé à Génève votre patrie; vous vous êtes fait chasser de

la Suisse, pays tant vanté dans vos écrits; la France vous a décreté.

Venez donz chez moi; j'admire vos talens; je m'amuse de vos rêveries,

qui (soit dit en passant) vous occupent trop, et trop long tems. Il faut

à la fin être sage et heureux. Vous avez fait assez parler de vous par

des singularités peu convenables à un véritable grand homme. Démontrez à

vos ennemis que vous pouvez avoir quelquefois le sens commun: cela les

fachera, sans vous faire tort. Mes états vous offrent une retraite

paisible; je vous veux du bien, et je vous en ferai, si vous le trouvez

bon. Mais si vous vous obstiniez à rejetter mons secours, attendez-vous

que je ne le dirai à personne. Si vous persistez à vous creuser

l'esprit pour trouver de nouveaux malheurs, choisissez les tels que vous

voudrez. Je suis roi, je puis vous en procurer au gré de vos souhaits:

et ce qui sûrement ne vous arrivera pas vis à vis de vos ennemis, je

cesserai de vous persecuter quand vous cesserez de mettre votre gloire à

l'être.

Votre bon ami,

Letters of Horace Walpole — Volume II · 第 51 / 134 题