BRUIT QUE FAIT LE PLANCHER

C'est là qu'Éviradnus entre; Gasclin le suit.

Le mur d'enceinte étant presque partout détruit,

Cette porte, ancien seuil des marquis patriarches

Qu'au-dessus de la cour exhaussent quelques marches,

Domine l'horizon, et toute la forêt

Autour de son perron comme un gouffre apparaît.

L'épaisseur du vieux roc de Corbus est propice

A cacher plus d'un sourd et sanglant précipice;

Tout le burg, et la salle elle-même, dit-on,

Sont bâtis sur des puits faits par le duc Platon;

Le plancher sonne; on sent au-dessous des abîmes.

--Page, dit ce chercheur d'aventures sublimes,

Viens. Tu vois mieux que moi, qui n'ai plus de bons yeux,

Car la lumière est femme et se refuse aux vieux;

Bah! voit toujours assez qui regarde en arrière.

On découvre d'ici la route et la clairière;

Garçon, vois-tu là-bas venir quelqu'un?--Gasclin

Se penche hors du seuil; la lune est dans son plein,

D'une blanche lueur la clairière est baignée.

--Une femme à cheval. Elle est accompagnée.

--De qui? Gasclin répond:--Seigneur, j'entends les voix

De deux hommes parlant et riant, et je vois

Trois ombres de chevaux qui passent sur la route.

--Bien, dit Éviradnus. Ce sont eux. Page, écoute.

Tu vas partir d'ici. Prends un autre chemin.

Va-t'en sans être vu. Tu reviendras demain

Avec nos deux chevaux, frais, en bon équipage,

Au point du jour. C'est dit. Laisse-moi seul.--Le page,

Regardant son bon maître avec des yeux de fils,

Dit:--Si je demeurais? Ils sont deux.--Je suffis.

Va.

X

La Légende des Siècles · 第 39 / 152 题