Nous donnions, la semaine dernière, à l'occasion du cinquantenaire du
siège de Sébastopol, de très intéressantes photographies de la place
forte, prises après la victoire des alliés et montrant les dégâts
occasionnés par leurs projectiles. On sait, d'autre part, que ce fait
d'armes a été commémoré par trois toiles fameuses du grand peintre
militaire Adolphe Yvon, qui sont au musée de Versailles. Un de nos amis,
qui connaît bien l'oeuvre d'Yvon, nous fait remarquer que l'un des
clichés reproduits par nous donne exactement le fond même du tableau
intitulé _la Gorge de Malakoff_. En effet, dans la composition
magistrale d'Adolphe Yvon, on peut reconnaître distinctement, à travers
la fumée et la poussière de la mêlée, les deux ouvrages avancés de
Sébastopol du côté de la mer, le fort Constantin et le fort Nicolas tout
au loin, terminant les deux promontoires; puis, en avant, ce haut
échafaudage de charpente, qui portait sans doute un feu; les docks un
peu plus près. Il n'est pas jusqu'à cette maison du plan moyen, éventrée
à l'angle, qui ne soit aisément reconnaissable dans la toile. Et ainsi
on peut juger de la haute conscience du peintre, du souci de vérité qui
le guida toujours, et se rendre compte que, pour les artistes probes, le
réalisme, au meilleur sens du mot, fut de tous les temps à la mode.