De toutes manières l'Allemagne tient à célébrer avec éclat le centenaire
du _risorgimento_ national. Ce ne sont que fêtes et solennités dans tous
les États de l'empire et la pièce qui avait été demandée à Gerhardt
Hauptmann, 1813, n'est qu'une manifestation de cette joie orgueilleuse
et bruyante.
Par ordre de l'empereur des pièces de monnaie de 1, 2 et 3 marks ont été
frappées à cette occasion. Nous reproduisons ici, très agrandie, celle
de 2 marks, qui vaut d'être décrite. Sur l'avers, elle porte la formule
impériale «Deutsches Reich» et la date 1913. Le sujet, délicate
attention, représente un aigle aux ailes éployées, symbole de
l'Allemagne, qui étouffe dans ses serres puissantes un serpent tentant
de l'atteindre une fois encore. Il n'y a aucune illusion à conserver en
l'espèce: le reptile représente la France ou tout au moins Napoléon.
La légende du revers explique la scène qui s'y trouve représentée: _Der
Kônig rief und alle, alle kamen_--le roi appela et tous, tous
accoururent. Légende qui semble bien n'être à tous égards qu'une
légende, même historique, puisque Gerhardt Hauptmann, dans sa pièce
précisément, a une fois de plus montré que c'était le peuple, «_alle,
alle_» qui appela Frédéric Guillaume III, en 1813, fidèle allié encore
de Napoléon Ier.
On peut se demander s'il était particulièrement utile que l'Allemagne
célébrât le centenaire de son indépendance en comparant la France--même
impériale--à un serpent. Quels cris n'eussent pas manqué de pousser les
pangermanistes si, à l'occasion du centenaire d'Iéna, nous eussions
employé pareil symbole!
Nous ne parlons pas de la valeur artistique de la pièce. Il suffira pour
l'apprécier de considérer une seconde l'agrandissement que nous en
donnons.