V.

La fumée a monté des toits languissamment

Pour aller dans le ciel rejoindre une nuée

Où, pensive, elle s'est comme continuée...

Ô nuée, amarrée au fond du firmament!

C'est un calme navire, une île irrésolue

Que des alluvions de fumée ont accrue...

Et le vent léger joue en ce jardin changeant

Tantôt s'élargissant et tantôt s'allongeant,

Nuée inconsistante, à peine située...

Mais la fumée entre dans elle et disparaît;

La fumée est la jeune soeur de la nuée,

Toute fragile et l'air d'apporter un secret;

Or la nuée, en l'accueillant, s'en influence,

Car la fumée est gaie ou sévère, suivant

Qu'elle sort d'une auberge ou monte d'un couvent;

La nuée, à son tour, en change de nuance

Et quand nous la voyons rose ou grise ou tout or

C'est qu'en elle est entrée une fumée en fuite,

Lui racontant: récit d'amour, récit de mort,

L'histoire des foyers qui par l'âtre s'ébruite.

Les vies encloses · 第 88 / 105 题