I.

En vain les vitres glauques des vieilles maisons

Sont un rempart de verre humble qui s'interpose

Entre la vie en fièvre et la calme âme enclose,

Elles n'ont qu'embrumé l'appel des horizons.

Le lointain ciel sans cesse y passe et les aère

Du prestige de ses beaux voyages tentants;

Et les nuages qui sont les robes du temps

Se reposent parmi ces armoires de verre.

Les midis, d'un vaste or fluide, le soir mauve,

L'aube, tout ce qui passe et part incessamment,

Vient tenter l'âme en songe et qui se croyait sauve

Derrière le cristal de son renoncement.

Ah! les vitres, toujours reprises par la Vie,

Qui, reflétant la vaine ivresse du départ,

Sont complices du ciel en marche qui convie,

Comme s'il y avait le bonheur autre part!

Tentation dans les vitres fallacieuses

Qui propagent, en l'ombre intime des maisons,

La vagabonde humeur des changeants horizons

Et leurs roses et leurs flammes silencieuses.

Et tu souffres, pauvre âme enclose, qui songeais

Dans le sage insouci des âmes qui renoncent,

Car les vitres qui s'éclaircissent ou se foncent

S'emplissent de l'ardeur fiévreuse des projets.

Les vitres ont trahi! Demeures mal gardées!

Mais les vitres déjà, pour avoir accueilli

Les vieux couchants, ont pris soudain un air vieilli,

Courtisanes que les nuages ont fardées!

Les vies encloses · 第 84 / 105 题