II.

Pourquoi les yeux, étant limpides, mentent-ils?

Comment la vérité, dans leur indifférence,

Meurt-elle en diluant ses frissons volatils?

Nul n'en a vu le fond malgré leur transparence

Et ce n'est que cristal fluide, à l'infini,

Qui toujours se tient coi, l'air sincère et candide.

Aucune passion, aucun crime ne ride

Ce pouvoir dangereux d'être un étang uni.

Ah! savoir!... s'y peut-on fier, sources de joie,

Quand ils ont l'air d'un peu promettre de l'amour,

Ou ne sont-ils qu'un clair mirage où l'on se noie?

Ah! savoir!... démêler l'ombre d'avec le jour,

Et connaître à la fin ce qu'ils peuvent enclore

Derrière leur surface et derrière leur flore,

Sous leurs nénuphars blancs -- frileuse puberté --

Plus loin, dans le recul de leur ambiguïté.

En vain veut-on trier le réel du mensonge;

Les yeux, nus comme l'eau, resteront clairs aussi,

Bien que l'âme souvent où, pour savoir, on plonge

Soit une vase au fond de leur azur transi;

Mystère de cette eau des yeux toujours placide

En qui l'âme dépose et si peu s'élucide.

Les vies encloses · 第 66 / 105 题