XIX.

Émoi de peu à peu recommencer à vivre!

De rentrer dans la vie où déjà l'on se sent

Presque étranger, comme à son retour un absent;

Incertitude! Pas désappris! On est ivre!

Ah! ce soleil trop clair et cette lumière neuve![6]

Tout tourne: soleil, fleurs et les arbres un peu,

Oscillant dans le vent -- tels les mâts sur un fleuve --

Et l'on regarde entre leurs feuilles le ciel bleu.

On est l'oiseau qui s'aventure après la pluie;

On est le verger blanc dans le réveil d'avril;

Pourtant on craint la grêle, un retour du péril:

La maladie est-elle loin et bien enfuie?

Comme on en tremble encore! Et quels pas calculés

Par crainte d'être faible et de quelque rechute!

Pouvoir marcher jusqu'à ces arbres reculés!

Espoir et peur, ombre et soleil sur la minute...

Heure trouble! Émoi d'un logis longtemps fermé

Où chavire dans le miroir l'aube venue;

On se sent seul, épars et désaccoutumé

De la vie, au lointain, qui toujours continue.

On est le pénitent sorti d'une neuvaine

Et dépris de la vie à cause de l'encens;

Ah! que la vie est loin! Ah! que la vie est vaine!

Où vont-ils donc, tous ces passants, tous ces passants?

Ils se hâtent; mais leur affairement étonne;

Ils s'égaient; mais leur joie est étrange et fait mal;

Soi-même, au milieu d'eux, on se sent anormal;

Et la vie où l'on rentre a l'air si monotone.

Hier on vivait encor comme derrière un verre,

Convalescence! Mais maintenant on a l'air

Du matelot morose et qui s'ennuie à terre

D'être sorti de l'aventure de la mer.

On semble avoir aussi navigué des années

-- La maladie étant un voyage chez Dieu --

Et revenir vieilli dans des villes fanées,

Triste, ne sachant plus que des gestes d'adieu!

Les vies encloses · 第 63 / 105 题