XV.

Lorsque le soir descend, l'âme se pacifie,

Comme arrivée enfin dans une calme plaine;

L'âme, durant le jour, allait broutant la vie;

Herbe amère, buissons où se prenait sa laine;

Mille soins: cette laine incessamment salie

Qui l'entourait comme un écheveau de fumées;

Et toujours s'abreuver aux eaux accoutumées;

Et toujours obéir au berger qui rallie.

Mais voici, dans le soir, que l'âme enfin s'isole,

Qu'elle se sent, hors du troupeau, sur un pré vide

Où sa seule ombre, au ras de l'herbe, s'étiole;

Âme comme arrêtée au bord d'une eau placide,

Qui s'atteste à soi-même, avec soi se confronte,

Et, sous le ciel plein de lumière atrophiée,

S'aperçoit nue enfin, toute simplifiée,

Âme qui doit subir le soir comme une tonte!

Les vies encloses · 第 31 / 105 题