TOILETTES D'ENFANTS.

Partout où nous appelle l'enfance, nous trouvons un spectacle pour les

yeux, un attrait pour le coeur. Partout les émotions de cette foule

naïve nous impressionnent vivement, et l'on ne sait plus où chercher la

grâce quand on quitte tous ces visage frais et riants, auxquels on ne

demande que de la finesse ou de la bonhomie.

J'assistais un de ces jours derniers à une solennité dont je veux vous

rendre compte. Élèves et visiteurs apportaient une égale émotion, car

cette fête intéressait tous les assistants, et le coeur des lauréats

battait moins fort peut-être que celui des mères glorieuses ou

inquiètes.

Tout est disposé pour que le jour d'une, distribution de prix soit

solennelle entre tous les jours. L'assemblée, le bruit, les chants, tout

doit graver dans ces petits coeurs agités le jour faste ou néfaste où

les plus studieux ont été distingués d'entre leurs camarades.

La demi-heure qui précéda le _lever de rideau_ fut employée sans ennui.

Moi, futile, j'étudiais _la mode des enfants_ pour venir vous la dire;

j'ai pris note de quelques innovations conçues par les mères, pour que

la petite fille fût la plus belle comme son frère devait être le plus

heureux. Ces jours-là Cornelie se pare de tous ses bijoux!...

La vanité d'une mère, c'est si naturel, si louable! c'est la seule qu'on

avoue, dont presque, on se vante; aussi, je devinai les mères à leur

émotion, au regard tremblant qui suivait le vainqueur recevant sa

couronne; couronne que le temps n'attaque pas, triomphe que l'envie ne

conteste pas, succès que ne suit pas la chute. La belle gloire, enfants,

que celle du travail! les beaux lauriers que ceux du collège! gloire

sans déception, lauriers sans poison.

La douce joie que celle des mères!

On n'espère jamais si bien en l'avenir qu'au moment où l'on sort d'une

distribution de prix.

Jetons un coup d'oeil d'examen, non pas sur les combattants, mais sur la

galerie. Fête de famille, les enfants de deux ans n'y étaient pas

déplacés. Une jolie créature, habillée de cachemire blanc, avec des

manches courtes et un corsage décolleté, étalait ses petites grâces, en

agitant des bras potelés et une tête d'ange pour animer une éloquence

inintelligible. Son frère, âgé de cinq ans, placé près d'elle, prenant

en pitié son ignorance du monde, lui imposait silence, tout en réclamant

sa part d'un sac de friandises avec lequel la mère avait espéré acheter

leur silence.

Deux jolies petites filles de sept à huit ans avaient des pardessus en

taffetas écossais, des robes de mousseline blanche et des pantalons de

batiste. Elles étaient coiffées de chapeaux de paille à rubans écossais.

Une jeune fille de douze ans, en robe de barège lilas, avait un camail

de mousseline blanche et un chapeau en paille de riz, en capote, avec la

coiffe et des brides blanches.

Deux enfants très-beaux, frère et soeur, avaient, dans leurs toilettes

différentes, tout le rapport que l'on peut conserver entre l'habit d'un

garçon et une robe. Leur taille, exactement semblable, faisait présumer

que leur âge était le même; dans cette similitude de costume, on

devinait la complaisance maternelle à confondre deux jumeaux. La petite

fille avait une robe de nankin, serrée à la taille par une cordelière;

ses manches plates jusqu'un peu au-dessus du poignet, laissaient sortir

une manche de mousseline, qui s'échappait en plis nombreux jusqu'à la

main, où la retenait un poignet brodé. Une guimpe de mousseline couvrait

sa poitrine au-dessus de la blouse demi-décolletée. Son frère portait un

petit habillement en nankin, également attaché autour de la taille par

une cordelière; mais ses manches, au lieu d'être plates, étaient fendues

à la grecque et sa chemisette entourait le cou d'un col de batiste

rabattant. Sur le chapeau de la petite fille était posée une guirlande

de petites fleurs; son frère avait un chapeau de bateleur en paille

cousue.

Nous donnerons dans notre prochain numéro un costume d'enfant que nous

sommes obligés d'ajourner faute d'espace.

Omnibus nouveau modèle.

Sous aucun rapport les omnibus ne peuvent rester stationnaires; ils

circulent et se perfectionnent toujours. Depuis leur première apparition

sur les boulevards, que de pas, que de progrès n'ont-ils pas faits!

D'abord lourds, massifs, durs, traînés péniblement par trois chevaux,

ils se sont ensuite rétrécis, amincis, en devenant plus élégants et plus

doux, ils approchaient de la perfection, mais ils ne l'avaient pas

encore atteinte, Grâce à M. Malen, le public n'aura plus désormais

aucune amélioration à leur demander. Pendant de nombreuses années, ils

auront beau courir, qu'on nous permette cette innocente plaisanterie,

ils ne pourront plus avancer.

En effet, le nouveau modèle qui est sorti des ateliers de cet habile

carrossier, et qui circule depuis quelques mois sur les boulevards,

semble remédier à tous les inconvénients passés, présents et futurs; il

est moins lourd et, par conséquent, plus _roulant_ que les anciennes

voitures. Des ressorts à pincettes, d'invention récente, donnent à la

caisse une élasticité qui empêche les cahots de se faire si cruellement

sentir. Les banquettes, partagées en stalles, ne permettent plus aux

voyageurs mal élevés et méchants (pourquoi le nombre en est-il si

grand?) de tourmenter leurs infortunés compagnons de route. Cependant il

n'y en a que dix. On a eu le soin de laisser de chaque côté, près de la

porte d'entrée, un espace vide pour les personnes dont le poids dépasse

150 Kilog. Les lanternes ont été placées de manière à mieux éclairer

l'intérieur de la voiture. Enfin, on y entre en marchant debout, sans

avoir besoin de se baisser, de se plier en deux, ce qui est toujours

aussi disgracieux qu'incommode; par conséquent, on n'y court plus le

risque d'y casser à chaque voyage son chapeau ou sa tête.

[Illustration: (Omnibus nouveau modèle vu par derrière.)]

Vers la fin de ce mois, dix voitures semblables au modèle qui circule

sur les boulevards, et dont les deux planches ci-jointes représentent,

l'une le profil et l'autre l'entrée, desserviront la ligne de la

barrière Blanche à l'Odéon. Espérons, dans l'intérêt général, que les

autres administrateurs des voitures de transport en commun, ne tarderont

pas à suivre l'exemple que viennent de leur donner M. Feuillant et

Moreau, gérants de l'entreprise des Omnibus.

L'Illustration, No. 0008, 22 Avril 1843 · 第 17 / 19 题