MADAME GIROLLE.--Je ne t’ai pas empêché, moi, de prendre deux complets,
un pyjama et ton smoking, qui remplissent toute ma valise.
M. GIROLLE.--Et toi, avec tes robes! Pour fermer la malle, le concierge
a dû monter dessus.
MADAME GIROLLE.--Qu’est-ce que c’est que, cette loque que tu sors?
M. GIROLLE.--Mon vieux foulard noir, pour m’envelopper la tête quand je
dormirai.
MADAME GIROLLE.--Joli!
M. GIROLLE.--Autant que tes bigoudis, le matin!... Attends! (_Il reprend
son mouchoir._)
MADAME GIROLLE.--Qu’est-ce que tu vas essuyer, encore?
M. GIROLLE.--Les carreaux. Tout à l’heure, la trépidation nous fera
avaler leur poussière.
MADAME GIROLLE.--Ma parole! Tu vois des microbes partout!
M. GIROLLE, _se fourrant dans la bouche une pastille de menthol_.--Je ne
t’en offre pas?
MADAME GIROLLE.--Merci. J’ai horreur de la pharmacie. Tu es enrhumé?
M. GIROLLE.--Non, c’est par précaution. A dix heures, je prendrai un
cachet de quinine.
MADAME GIROLLE.--Tu as la fièvre?
M. GIROLLE.--Non, c’est pour la couper d’avance. Je ne veux pas arriver
malade à Nice.
MADAME GIROLLE.--Mais tu l’es, malade. Malade imaginaire! Tu l’as
toujours été.
M. GIROLLE, _sépulcral_.--Quand je serai mort, tu ne feras plus d’esprit
à mes dépens.
MADAME GIROLLE.--Et tout cela, ce dérangement, ces tracas, ce voyage
coûteux et insensé, pour aller nous faire rabrouer par la tante Arsène.