Parent vécut seul, tout à fait seul. Pendant les premières semaines qui
suivirent la séparation, l’étonnement de sa vie nouvelle l’empêcha de
songer beaucoup. Il avait repris son existence de garçon, ses habitudes
de flânerie, et il mangeait au restaurant, comme autrefois. Ayant voulu
éviter tout scandale, il faisait à sa femme une pension réglée par les
hommes d’affaires. Mais, peu à peu, le souvenir de l’enfant commença à
hanter sa pensée. Souvent, quand il était seul, chez lui, le soir, il
s’imaginait tout à coup entendre Georges crier «papa». Son cœur aussitôt
commençait à battre et il se levait bien vite pour ouvrir la porte de
l’escalier et voir si, par hasard, le petit ne serait pas revenu. Oui,
il aurait pu revenir comme reviennent les chiens et les pigeons.
Pourquoi un enfant aurait-il moins d’instinct qu’une bête?
Après avoir reconnu son erreur il retournait s’asseoir dans son
fauteuil, et il pensait au petit. Il y pensait pendant des heures
entières, des jours entiers. Ce n’était point seulement une obsession
morale, mais aussi, et plus encore, une obsession physique, un besoin
sensuel, nerveux de l’embrasser, de le tenir, de le manier, de l’asseoir
sur ses genoux, de le faire sauter et culbuter dans ses mains. Il
s’exaspérait au souvenir enfiévrant des caresses passées. Il sentait les
petits bras serrant son cou, la petite bouche posant un gros baiser sur
sa barbe, les petits cheveux chatouillant sa joue. L’envie de ces douces
câlineries disparues, de la peau fine, chaude et mignonne offerte aux
lèvres, l’affolait comme le désir d’une femme aimée qui s’est enfuie.
Dans la rue, tout à coup, il se mettait à pleurer en songeant qu’il
pourrait l’avoir, trottinant à son côté avec ses petits pieds, son gros
Georget, comme autrefois, quand il le promenait. Il rentrait alors; et,
la tête entre ses mains, sanglotait jusqu’au soir.
Puis, vingt fois, cent fois en un jour il se posait cette question:
«Était-il ou n’était-il pas le père de Georges?» Mais c’était surtout la
nuit qu’il se livrait sur cette idée à des raisonnements interminables.
A peine couché, il recommençait, chaque soir, la même série
d’argumentations désespérées.
Après le départ de sa femme, il n’avait plus douté tout d’abord:
l’enfant, certes, appartenait à Limousin. Puis, peu à peu, il se remit à
hésiter. Assurément, l’affirmation d’Henriette ne pouvait avoir aucune
valeur. Elle l’avait bravé, en cherchant à le désespérer. En pesant
froidement le pour et le contre, il y avait bien des chances pour
qu’elle eût menti.
Seul Limousin, peut-être, aurait pu dire la vérité. Mais comment savoir,
comment l’interroger, comment le décider à avouer?
Et quelquefois Parent se relevait en pleine nuit, résolu à aller trouver
Limousin, à le prier, à lui offrir tout ce qu’il voudrait, pour mettre
fin à cette abominable angoisse. Puis il se recouchait désespéré, ayant
réfléchi que l’amant aussi mentirait sans doute! Il mentirait même
certainement pour empêcher le père véritable de reprendre son enfant.
Alors que faire? Rien!
Et il se désolait d’avoir ainsi brusqué les événements, de n’avoir point
réfléchi, patienté, de n’avoir pas su attendre et dissimuler pendant un
mois ou deux, afin de se renseigner par ses propres yeux. Il aurait dû
feindre de ne rien soupçonner, et les laisser se trahir tout doucement.
Il lui aurait suffi de voir l’autre embrasser l’enfant pour deviner,
pour comprendre. Un ami n’embrasse pas comme un père. Il les aurait
épiés derrière les portes! Comment n’avait-il pas songé à cela? Si
Limousin, demeuré seul avec Georges, ne l’avait point aussitôt saisi,
serré dans ses bras, baisé passionnément, s’il l’avait laissé jouer avec
indifférence, sans s’occuper de lui, aucune hésitation ne serait
demeurée possible: c’est qu’alors il n’était pas, il ne se croyait pas,
il ne se sentait pas le père.
De sorte que lui, Parent, chassant la mère, aurait gardé son fils, et il
aurait été heureux, tout à fait heureux.
Il se retournait dans son lit, suant et torturé, et cherchant à se
souvenir des attitudes de Limousin avec le petit. Mais il ne se
rappelait rien, absolument rien, aucun geste, aucun regard, aucune
parole, aucune caresse suspects. Et puis la mère non plus ne s’occupait
guère de son enfant. Si elle l’avait eu de son amant, elle l’aurait sans
doute aimé davantage.
On l’avait donc séparé de son fils par vengeance, par cruauté, pour le
punir de ce qu’il les avait surpris.
Et il se décidait à aller, dès l’aurore, requérir les magistrats pour se
faire rendre Georget.
Mais à peine avait-il pris cette résolution qu’il se sentait envahi par
la certitude contraire. Du moment que Limousin avait été, dès le premier
jour, l’amant d’Henriette, l’amant aimé, elle avait dû se donner à lui
avec cet élan, cet abandon, cette ardeur qui rendent mères les femmes.
La réserve froide qu’elle avait toujours apportée dans ses relations
intimes avec lui, Parent, n’était-elle pas aussi un obstacle à ce
qu’elle eût été fécondée par son baiser!
Alors il allait réclamer, prendre avec lui, conserver toujours et
soigner l’enfant d’un autre. Il ne pourrait pas le regarder,
l’embrasser, l’entendre dire «papa» sans que cette pensée le frappât, le
déchirât: «Ce n’est point mon fils.» Il allait se condamner à ce
supplice de tous les instants, à cette vie de misérable! Non, il valait
mieux demeurer seul, vivre seul, vieillir seul, et mourir seul.
Et chaque jour, chaque nuit recommençaient ces abominables hésitations
et ces souffrances que rien ne pouvait calmer ni terminer. Il redoutait
surtout l’obscurité du soir qui vient, la tristesse des crépuscules.
C’était alors, sur son cœur, comme une pluie de chagrin, une inondation
de désespoir qui tombait avec les ténèbres, le noyait et l’affolait. Il
avait peur de ses pensées comme on a peur des malfaiteurs, et il fuyait
devant elles ainsi qu’une bête poursuivie. Il redoutait surtout son
logis vide, si noir, terrible, et les rues désertes aussi où brille
seulement, de place en place, un bec de gaz, où le passant isolé qu’on
entend de loin semble un rôdeur et fait ralentir ou hâter le pas selon
qu’il vient vers vous ou qu’il vous suit.
Et Parent, malgré lui, par instinct, allait vers les grandes rues
illuminées et populeuses. La lumière et la foule l’attiraient,
l’occupaient et l’étourdissaient. Puis, quand il était las d’errer, de
vagabonder dans les remous du public, quand il voyait les passants
devenir plus rares, et les trottoirs plus libres, la terreur de la
solitude et du silence le poussait vers un grand café plein de buveurs
et de clarté. Il y allait comme les mouches vont à la flamme, s’asseyait
devant une petite table ronde, et demandait un bock. Il le buvait
lentement, s’inquiétant chaque fois qu’un consommateur se levait pour
s’en aller. Il aurait voulu le prendre par le bras, le retenir, le prier
de rester encore un peu, tant il redoutait l’heure où le garçon, debout
devant lui, prononcerait d’un air furieux: «Allons, Monsieur, on ferme!»
Car, chaque soir, il restait le dernier. Il voyait rentrer les tables,
éteindre, un à un, les becs de gaz, sauf deux, le sien et celui du
comptoir. Il regardait d’un œil navré la caissière compter son argent et
l’enfermer dans le tiroir; et il s’en allait, poussé dehors par le
personnel qui murmurait: «En voilà un empoté! On dirait qu’il ne sait
pas où coucher.»
Et dès qu’il se retrouvait seul dans la rue sombre, il recommençait à
penser à Georget et à se creuser la tête, à se torturer la pensée pour
découvrir s’il était ou s’il n’était point le père de son enfant.
Il prit ainsi l’habitude de la brasserie où le coudoiement continu des
buveurs met près de vous un public familier et silencieux, où la grasse
fumée des pipes endort les inquiétudes, tandis que la bière épaisse
alourdit l’esprit et calme le cœur.
Il y vécut. A peine levé, il allait chercher là des voisins pour occuper
son regard et sa pensée. Puis, par paresse de se mouvoir, il y prit
bientôt ses repas. Vers midi, il frappait avec sa soucoupe sur la table
de marbre, et le garçon apportait vivement une assiette, un verre, une
serviette et le déjeuner du jour. Dès qu’il avait fini de manger, il
buvait lentement son café, l’œil fixé sur le carafon d’eau-de-vie qui
lui donnerait bientôt une bonne heure d’abrutissement. Il trempait
d’abord ses lèvres dans le cognac, comme pour en prendre le goût,
cueillant seulement la saveur du liquide avec le bout de sa langue. Puis
il se le versait dans la bouche, goutte à goutte, en renversant la tête;
promenait doucement la forte liqueur sur son palais, sur ses gencives,
sur toute la muqueuse de ses joues, la mêlant avec la salive claire que
ce contact faisait jaillir. Puis, adoucie par ce mélange, il l’avalait
avec recueillement, la sentant couler tout le long de sa gorge, jusqu’au
fond de son estomac.
Après chaque repas, il sirotait ainsi pendant plus d’une heure, trois ou
quatre petits verres qui l’engourdissaient peu à peu. Alors il penchait
la tête sur son ventre, fermait les yeux et somnolait. Il se réveillait
vers le milieu de l’après-midi, et tendait aussitôt la main vers le bock
que le garçon avait posé devant lui pendant son sommeil; puis, l’ayant
bu, il se soulevait sur la banquette de velours rouge, relevait son
pantalon, rabaissait son gilet pour couvrir la ligne blanche aperçue
entre les deux, secouait le col de sa jaquette, tirait les poignets de
sa chemise hors des manches, puis reprenait les journaux qu’il avait
déjà lus le matin.
Il les recommençait, de la première ligne à la dernière, y compris les
réclames, demandes d’emploi, annonces, cote de la Bourse et programmes
des théâtres.
Entre quatre et six heures il allait faire un tour sur les boulevards,
pour prendre l’air, disait-il; puis il revenait s’asseoir à la place
qu’on lui avait conservée et demandait son absinthe.
Alors il causait avec les habitués dont il avait fait la connaissance.
Ils commentaient les nouvelles du jour, les faits divers et les
événements politiques: cela le menait à l’heure du dîner. La soirée se
passait comme l’après-midi jusqu’au moment de la fermeture. C’était pour
lui l’instant terrible où il fallait rentrer dans le noir, dans la
chambre vide, pleine de souvenirs affreux, de pensées horribles et
d’angoisses. Il ne voyait plus personne de ses anciens amis, personne de
ses parents, personne qui pût lui rappeler sa vie passée.
Mais comme son appartement devenait un enfer pour lui, il prit une
chambre dans un grand hôtel, une belle chambre d’entresol afin de voir
les passants. Il n’était plus seul en ce vaste logis public; il sentait
grouiller des gens autour de lui; il entendait des voix derrière les
cloisons; et quand ses anciennes souffrances le harcelaient trop
cruellement en face de son lit entr’ouvert et de son feu solitaire, il
sortait dans les larges corridors et se promenait comme un
factionnaire, le long de toutes les portes fermées, en regardant avec
tristesse les souliers accouplés devant chacune, les mignonnes bottines
de femmes blotties à côté des fortes bottines d’hommes; et il pensait
que tous ces gens-là étaient heureux, sans doute, et dormaient
tendrement, côte à côte ou embrassés, dans la chaleur de leur couche.
Cinq années se passèrent ainsi; cinq années mornes, sans autres
événements que des amours de deux heures, à deux louis, de temps en
temps.
Or, un jour, comme il faisait sa promenade ordinaire entre la Madeleine
et la rue Drouot, il aperçut tout à coup une femme dont la tournure le
frappa. Un grand monsieur et un enfant l’accompagnaient. Tous les trois
marchaient devant lui. Il se demandait: «Où donc ai-je vu ces
personnes-là?» et, tout à coup, il reconnut un geste de la main: c’était
sa femme, sa femme avec Limousin, et avec son enfant, son petit Georges.
Son cœur battait à l’étouffer; il ne s’arrêta pas cependant; il voulait
les voir; et il les suivit. On eût dit un ménage, un bon ménage de bons
bourgeois. Henriette s’appuyait au bras de Paul, lui parlait doucement
en le regardant parfois de côté. Parent la voyait alors de profil,
reconnaissait la ligne gracieuse de son visage, les mouvements de sa
bouche, son sourire, et la caresse de son regard. L’enfant surtout le
préoccupait. Comme il était grand, et fort! Parent ne pouvait apercevoir
la figure, mais seulement de longs cheveux blonds qui tombaient sur le
col en boucles frisées. C’était Georget, ce haut garçon aux jambes nues,
qui allait, ainsi qu’un petit homme, à côté de sa mère.
Comme ils s’étaient arrêtés devant un magasin, il les vit soudain tous
les trois. Limousin avait blanchi, vieilli, maigri; sa femme, au
contraire, plus fraîche que jamais, avait plutôt engraissé; Georges
était devenu méconnaissable, si différent de jadis!
Ils se remirent en route. Parent les suivit de nouveau, puis les devança
à grands pas pour revenir et les revoir, de tout près, en face. Quand il
passa contre l’enfant, il eut envie, une envie folle de le saisir dans
ses bras et de l’emporter. Il le toucha, comme par hasard. Le petit
tourna la tête et regarda ce maladroit avec des yeux mécontents. Alors
Parent s’enfuit, frappé, poursuivi, blessé par ce regard. Il s’enfuit à
la façon d’un voleur, saisi de la peur horrible d’avoir été vu et
reconnu par sa femme et son amant. Il alla d’une course jusqu’à sa
brasserie, et tomba, haletant, sur sa chaise.
Il but trois absinthes, ce soir-là.
Pendant quatre mois, il garda au cœur la plaie de cette rencontre.
Chaque nuit il les revoyait tous les trois, heureux et tranquilles,
père, mère, enfant, se promenant sur le boulevard, avant de rentrer
dîner chez eux. Cette vision nouvelle effaçait l’ancienne. C’était autre
chose, une autre hallucination maintenant, et aussi une autre douleur.
Le petit Georges, son petit Georges, celui qu’il avait tant aimé et tant
embrassé jadis, disparaissait dans un passé lointain et fini, et il en
voyait un nouveau, comme un frère du premier, un garçonnet aux mollets
nus, qui ne le connaissait pas, celui-là! Il souffrait affreusement de
cette pensée. L’amour du petit était mort; aucun lien n’existait plus
entre eux; l’enfant n’avait pas tendu les bras en le voyant. Il l’avait
même regardé d’un œil méchant.
Puis, peu à peu, son âme se calma encore; ses tortures mentales
s’affaiblirent; l’image apparue devant ses yeux et qui hantait ses nuits
devint indécise, plus rare. Il se remit à vivre à peu près comme tout le
monde, comme tous les désœuvrés qui boivent des bocks sur des tables de
marbre et usent leurs culottes par le fond sur le velours râpé des
banquettes.
Il vieillit dans la fumée des pipes, perdit ses cheveux sous la flamme
du gaz, considéra comme des événements le bain de chaque semaine, la
taille de cheveux de chaque quinzaine, l’achat d’un vêtement neuf ou
d’un chapeau. Quand il arrivait à sa brasserie coiffé d’un nouveau
couvre-chef, il se contemplait longtemps dans la glace avant de
s’asseoir, le mettait et l’enlevait plusieurs fois de suite, le posait
de différentes façons, et demandait enfin à son amie, la dame du
comptoir, qui le regardait avec intérêt: «Trouvez-vous qu’il me va
bien?»
Deux ou trois fois par an il allait au théâtre; et, l’été, il passait
quelquefois ses soirées dans un café-concert des Champs-Élysées. Il en
rapportait dans sa tête des airs qui chantaient au fond de sa mémoire
pendant plusieurs semaines et qu’il fredonnait même en battant la mesure
avec son pied, lorsqu’il était assis devant son bock.
Les années se suivaient, lentes, monotones et courtes parce qu’elles
étaient vides.
Il ne les sentait pas glisser sur lui. Il allait à la mort sans remuer,
sans s’agiter, assis en face d’une table de brasserie; et seule la
grande glace où il appuyait son crâne plus dénudé chaque jour reflétait
les ravages du temps qui passe et fuit en dévorant les hommes, les
pauvres hommes.
Il ne pensait plus que rarement, à présent, au drame affreux où avait
sombré sa vie, car vingt ans s’étaient écoulés depuis cette soirée
effroyable.
Mais l’existence qu’il s’était faite ensuite l’avait usé, amolli,
épuisé; et souvent le patron de sa brasserie, le sixième patron depuis
son entrée dans cet établissement, lui disait: «Vous devriez vous
secouer un peu, monsieur Parent; vous devriez prendre l’air, aller à la
campagne, je vous assure que vous changez beaucoup depuis quelques
mois.»
Et quand son client venait de sortir, ce commerçant communiquait ses
réflexions à sa caissière. «Ce pauvre M. Parent file un mauvais coton,
ça ne vaut rien de ne jamais quitter Paris. Engagez-le donc à aller aux
environs manger une matelote de temps en temps, puisqu’il a confiance en
vous. Voilà bientôt l’été, ça le retapera.»
Et la caissière, pleine de pitié et de bienveillance pour ce
consommateur obstiné, répétait chaque jour à Parent: «Voyons, monsieur,
décidez-vous à prendre l’air! C’est si joli, la campagne, quand il fait
beau! Oh! moi! si je pouvais, j’y passerais ma vie!»
Et elle lui communiquait ses rêves, les rêves poétiques et simples de
toutes les pauvres filles enfermées d’un bout à l’autre de l’année
derrière les vitres d’une boutique et qui regardent passer la vie
factice et bruyante de la rue, en songeant à la vie calme et douce des
champs, à la vie sous les arbres, sous le radieux soleil qui tombe sur
les prairies, sur les bois profonds, sur les claires rivières, sur les
vaches couchées dans l’herbe, et sur toutes les fleurs diverses, toutes
les fleurs libres, bleues, rouges, jaunes, violettes, lilas, roses,
blanches, si gentilles, si fraîches, si parfumées, toutes les fleurs de
la nature qu’on cueille en se promenant et dont on fait de gros
bouquets.
Elle prenait plaisir à lui parler sans cesse de son désir éternel,
irréalisé et irréalisable; et lui, pauvre vieux sans espoirs, prenait
plaisir à l’écouter. Il venait s’asseoir maintenant à côté du comptoir
pour causer avec Mˡˡᵉ Zoé et discuter sur la campagne avec elle. Alors,
peu à peu, une vague envie lui vint d’aller voir, une fois, s’il faisait
vraiment si bon qu’elle le disait, hors les murs de la grande ville.
Un matin il demanda:
--Savez-vous où on peut bien déjeuner aux environs de Paris?
Elle répondit:
--Allez donc à la Terrasse de Saint-Germain. C’est si joli!
Il s’y était promené autrefois au moment de ses fiançailles. Il se
décida à y retourner.
Il choisit un dimanche, sans raison spéciale, uniquement parce qu’il est
d’usage de sortir le dimanche, même quand on ne fait rien en semaine.
Donc il partit, un dimanche matin, pour Saint-Germain.
C’était au commencement de juillet, par un jour éclatant et chaud. Assis
contre la portière de son wagon, il regardait courir les arbres et les
petites maisons bizarres des alentours de Paris. Il se sentait triste,
ennuyé d’avoir cédé à ce désir nouveau, d’avoir rompu ses habitudes. Le
paysage changeant et toujours pareil le fatiguait. Il avait soif; il
serait volontiers descendu à chaque station pour s’asseoir au café
aperçu derrière la gare, boire un bock ou deux et reprendre le premier
train qui passerait vers Paris. Et puis le voyage lui semblait long,
très long. Il restait assis des journées entières pourvu qu’il eût sous
les yeux les mêmes choses immobiles, mais il trouvait énervant et
fatigant de rester assis en changeant de place, de voir remuer le pays
tout entier, tandis que lui-même ne faisait pas un mouvement.
Il s’intéressa à la Seine cependant, chaque fois qu’il la traversa. Sous
le pont de Chatou il aperçut des yoles qui passaient enlevées à grands
coups d’aviron par des canotiers aux bras nus; et il pensa: «Voilà des
gaillards qui ne doivent pas s’embêter!»
Le long ruban de rivière déroulé des deux côtés du pont du Pecq éveilla,
dans le fond de son cœur, un vague désir de promenade au bord des
berges. Mais le train s’engouffra sous le tunnel qui précède la gare de
Saint-Germain pour s’arrêter bientôt au quai d’arrivée.
Parent descendit, et, alourdi par la fatigue, s’en alla, les mains
derrière le dos, vers la Terrasse. Puis, parvenu contre la balustrade de
fer, il s’arrêta pour regarder l’horizon. La plaine immense s’étalait en
face de lui, vaste comme la mer, toute verte et peuplée de grands
villages, aussi populeux que des villes. Des routes blanches
traversaient ce large pays, des bouts de forêts le boisaient par places,
les étangs du Vésinet brillaient comme des plaques d’argent, et les
coteaux lointains de Sannois et d’Argenteuil se dessinaient sous une
brume légère et bleuâtre qui les laissait à peine deviner. Le soleil
baignait de sa lumière abondante et chaude tout le grand paysage un peu
voilé par les vapeurs matinales, par la sueur de la terre chauffée
s’exhalant en brouillards menus, et par les souffles humides de la
Seine, qui se déroulait comme un serpent sans fin à travers les
plaines, contournait les villages et longeait les collines.
Une brise molle, pleine de l’odeur des verdures et des sèves, caressait
la peau, pénétrait au fond de la poitrine, semblait rajeunir le cœur,
alléger l’esprit, vivifier le sang.
Parent, surpris, la respirait largement, les yeux éblouis par l’étendue
du paysage; et il murmura: «Tiens, on est bien ici.»
Puis il fit quelques pas, et s’arrêta de nouveau pour regarder. Il
croyait découvrir des choses inconnues et nouvelles, non point les
choses que voyait son œil, mais des choses que pressentait son âme, des
événements ignorés, des bonheurs entrevus, des joies inexplorées, tout
un horizon de vie qu’il n’avait jamais soupçonné et qui s’ouvrait
brusquement devant lui en face de cet horizon de campagne illimitée.
Toute l’affreuse tristesse de son existence lui apparut illuminée par la
clarté violente qui inondait la terre. Il vit ses vingt années de café,
mornes, monotones, navrantes. Il aurait pu voyager comme d’autres, s’en
aller là-bas, là-bas, chez des peuples étrangers, sur des terres peu
connues, au delà des mers, s’intéresser à tout ce qui passionne les
autres hommes, aux arts, aux sciences, aimer la vie aux mille formes,
la vie mystérieuse, charmante ou poignante, toujours changeante,
toujours inexplicable et curieuse.
Maintenant il était trop tard. Il irait de bock en bock, jusqu’à la
mort, sans famille, sans amis, sans espérances, sans curiosité pour
rien. Une détresse infinie l’envahit, et une envie de se sauver, de se
cacher, de rentrer dans Paris, dans sa brasserie et dans son
engourdissement! Toutes les pensées, tous les rêves, tous les désirs qui
dorment dans la paresse des cœurs stagnants s’étaient réveillés, remués
par ce rayon de soleil sur les plaines.
Il sentit que s’il demeurait seul plus longtemps en ce lieu, il allait
perdre la tête, et il gagna bien vite le pavillon Henri-IV pour
déjeuner, s’étourdir avec du vin et de l’alcool et parler à quelqu’un,
au moins.
Il prit une petite table dans les bosquets d’où l’on domine toute la
campagne, fit son menu et pria qu’on le servît tout de suite.
D’autres promeneurs arrivaient, s’asseyaient aux tables voisines. Il se
sentait mieux; il n’était plus seul.
Dans une tonnelle, trois personnes déjeunaient. Il les avait regardées
plusieurs fois sans les voir, comme on regarde les indifférents.
Tout à coup, une voix de femme jeta en lui un de ces frissons qui font
tressaillir les moelles.
Elle avait dit, cette voix:
--Georges, tu vas découper le poulet.
Et une autre voix répondit:
--Oui, maman.
Parent leva les yeux; et il comprit, il devina tout de suite quels
étaient ces gens! Certes, il ne les aurait pas reconnus. Sa femme était
toute blanche, très forte, une vieille dame sérieuse et respectable; et
elle mangeait en avançant la tête, par crainte des taches, bien qu’elle
eût recouvert ses seins d’une serviette. Georges était devenu un homme.
Il avait de la barbe, de cette barbe inégale et presque incolore qui
frisotte sur les joues des adolescents. Il portait un chapeau de haute
forme, un gilet de coutil blanc et un monocle, par chic, sans doute.
Parent le regardait, stupéfait! C’était là Georges, son fils?--Non, il
ne connaissait pas ce jeune homme; il ne pouvait rien exister de commun
entre eux.
Limousin tournait le dos et mangeait, les épaules un peu voûtées.
Donc ces trois êtres semblaient heureux et contents; ils venaient
déjeuner à la campagne, en des restaurants connus. Ils avaient eu une
existence calme et douce, une existence familiale dans un bon logis
chaud et peuplé, peuplé par tous les riens qui font la vie agréable,
par toutes les douceurs de l’affection, par toutes les paroles tendres
qu’on échange sans cesse, quand on s’aime. Ils avaient vécu ainsi, grâce
à lui Parent, avec son argent, après l’avoir trompé, volé, perdu! Ils
l’avaient condamné, lui, l’innocent, le naïf, le débonnaire, à toutes
les tristesses de la solitude, à l’abominable vie qu’il avait menée
entre un trottoir et un comptoir, à toutes les tortures morales et à
toutes les misères physiques! Ils avaient fait de lui un être inutile,
perdu, égaré dans le monde, un pauvre vieux sans joies possibles, sans
attentes, qui n’espérait rien de rien et de personne. Pour lui la terre
était vide, parce qu’il n’aimait rien sur la terre. Il pouvait courir
les peuples ou courir les rues, entrer dans toutes les maisons de Paris,
ouvrir toutes les chambres, il ne trouverait, derrière aucune porte, la
figure cherchée, chérie, figure de femme ou figure d’enfant, qui sourit
en vous apercevant. Et cette idée surtout le travaillait, l’idée de la
porte qu’on ouvre pour trouver et embrasser quelqu’un derrière.
Et c’était la faute de ces trois misérables, cela! la faute de cette
femme indigne, de cet ami infâme et de ce grand garçon blond qui prenait
des airs arrogants.
Il en voulait maintenant à l’enfant autant qu’aux deux autres!
N’était-il pas le fils de Limousin? Est-ce que Limousin l’aurait gardé,
aimé, sans cela? Est-ce que Limousin n’aurait pas lâché bien vite la
mère et le petit s’il n’avait pas su que le petit était à lui, bien à
lui? Est-ce qu’on élève les enfants des autres?
Donc, ils étaient là, tout près, ces trois malfaiteurs qui l’avaient
tant fait souffrir.
Parent les regardait, s’irritant, s’exaltant au souvenir de toutes ses
douleurs, de toutes ses angoisses, de tous ses désespoirs. Il
s’exaspérait surtout de leur air placide et satisfait. Il avait envie de
les tuer, de leur jeter son siphon d’eau de Seltz, de fendre la tête de
Limousin qu’il voyait, à toute seconde, se baisser vers son assiette et
se relever aussitôt.
Et ils continueraient à vivre ainsi, sans soucis, sans inquiétudes
d’aucune sorte. Non, non. C’en était trop à la fin! Il se vengerait; il
allait se venger tout de suite puisqu’il les tenait sous la main. Mais
comment? Il cherchait, rêvait des choses effroyables comme il en arrive
dans les feuilletons, mais ne trouvait rien de pratique. Et il buvait,
coup sur coup, pour s’exciter, pour se donner du courage, pour ne pas
laisser échapper une pareille occasion, qu’il ne retrouverait sans doute
jamais.
Soudain, il eut une idée, une idée terrible; et il cessa de boire pour
la mûrir. Un sourire plissait ses lèvres; il murmurait: «Je les tiens.
Je les tiens. Nous allons voir. Nous allons voir.»
Un garçon lui demanda:
--Qu’est-ce que Monsieur désire ensuite?
--Rien. Du café et du cognac, du meilleur.
Et il les regardait en sirotant ses petits verres. Il y avait trop de
monde dans ce restaurant pour ce qu’il voulait faire: donc il
attendrait, il les suivrait; car ils allaient se promener certainement
sur la terrasse ou dans la forêt. Quand ils seraient un peu éloignés, il
les rejoindrait, et alors il se vengerait, oui, il se vengerait! Il
n’était pas trop tôt d’ailleurs, après vingt-trois ans de souffrances.
Ah! ils ne soupçonnaient guère ce qui allait leur arriver.
Ils achevaient doucement leur déjeuner, en causant avec sécurité. Parent
ne pouvait entendre leurs paroles, mais il voyait leurs gestes calmes.
La figure de sa femme, surtout, l’exaspérait. Elle avait pris un air
hautain, un air de dévote grasse, de dévote inabordable, cuirassée de
principes, blindée de vertu.
Puis ils payèrent l’addition et se levèrent. Alors il vit Limousin. On
eût dit un diplomate en retraite, tant il semblait important avec ses
beaux favoris souples et blancs dont les pointes tombaient sur les
revers de sa redingote.
Ils sortirent. Georges fumait un cigare et portait son chapeau sur
l’oreille. Parent, aussitôt, les suivit.
Ils firent d’abord un tour sur la terrasse et admirèrent le paysage avec
placidité, comme admirent les gens repus; puis ils entrèrent dans la
forêt.
Parent se frottait les mains, et les suivait toujours, de loin, en se
cachant pour ne point éveiller trop tôt leur attention.
Ils allaient à petits pas, prenant un bain de verdure et d’air tiède.
Henriette s’appuyait au bras de Limousin et marchait, droite, à son
côté, en épouse sûre et fière d’elle. Georges abattait des feuilles avec
sa badine, et franchissait parfois les fossés de la route, d’un saut
léger de jeune cheval ardent prêt à s’emporter dans le feuillage.
Parent, peu à peu, se rapprochait, haletant d’émotion et de fatigue; car
il ne marchait plus jamais. Bientôt il les rejoignit, mais une peur
l’avait saisi, une peur confuse, inexplicable, et il les devança, pour
revenir sur eux et les aborder en face.
Il allait, le cœur battant, les sentant derrière lui maintenant, et il
se répétait: «Allons, c’est le moment; de l’audace, de l’audace! C’est
le moment.»
Il se retourna. Ils s’étaient assis, tous les trois, sur l’herbe, au
pied d’un gros arbre; et ils causaient toujours.
Alors il se décida, et il revint à pas rapides. S’étant arrêté devant
eux, debout au milieu du chemin, il balbutia d’une voix brève, d’une
voix cassée par l’émotion:
--C’est moi! Me voici! Vous ne m’attendiez pas?
Tous trois examinaient cet homme qui leur semblait fou.
Il reprit:
--On dirait que vous ne m’avez pas reconnu. Regardez-moi donc! Je suis
Parent, Henri Parent. Hein, vous ne m’attendiez pas? Vous pensiez que
c’était fini, bien fini, que vous ne me verriez plus jamais, jamais. Ah!
mais non, me voilà revenu. Nous allons nous expliquer, maintenant.
Henriette, effarée, cacha sa figure dans ses mains, en murmurant: «Oh!
mon Dieu!»
Voyant cet inconnu qui semblait menacer sa mère, Georges s’était levé,
prêt à le saisir au collet.
Limousin, atterré, regardait avec des yeux effarés ce revenant qui,
ayant soufflé quelques secondes, continua:
--Alors nous allons nous expliquer maintenant. Voici le moment venu! Ah!
vous m’avez trompé, vous m’avez condamné à une vie de forçat, et vous
avez cru que je ne vous rattraperais pas!
Mais le jeune homme le prit par les épaules, et le repoussant:
--Êtes-vous fou? Qu’est-ce que vous voulez? Passez votre chemin bien
vite ou je vais vous rosser, moi!
Parent répondit:
--Ce que je veux? Je veux t’apprendre ce que sont ces gens-là.
Mais Georges, exaspéré, le secouait, allait le frapper. L’autre reprit:
--Lâche-moi donc. Je suis ton père... Tiens, regarde s’ils me
reconnaissent maintenant, ces misérables!
Effaré, le jeune homme ouvrit les mains et se tourna vers sa mère.
Parent, libre, s’avança vers elle:
--Hein? Dites-lui qui je suis, vous! Dites-lui que je m’appelle Henri
Parent, et que je suis son père puisqu’il se nomme Georges Parent,
puisque vous êtes ma femme, puisque vous vivez tous les trois de mon
argent, de la pension de dix mille francs que je vous fais depuis que
je vous ai chassés de chez moi. Dites-lui aussi pourquoi je vous ai
chassés de chez moi. Parce que je vous ai surprise avec ce gueux, cet
infâme, avec votre amant!--Dites-lui ce que j’étais, moi, un brave
homme, épousé par vous pour ma fortune, et trompé depuis le premier
jour. Dites-lui qui vous êtes et qui je suis...
Il balbutiait, haletait, emporté par la colère.
La femme cria d’une voix déchirante:
--Paul, Paul, empêche-le; qu’il se taise, qu’il se taise; empêche-le,
qu’il ne dise pas cela devant mon fils!
Limousin, à son tour, s’était levé. Il murmura, d’une voix très basse:
--Taisez-vous. Taisez-vous. Comprenez donc ce que vous faites.
Parent reprit avec emportement:
--Je le sais bien, ce que je fais. Ce n’est pas tout. Il y a une chose
que je veux savoir, une chose qui me torture depuis vingt ans.
Puis, se tournant vers Georges, éperdu, qui s’était appuyé contre un
arbre:
--Écoute, toi: Quand elle est partie de chez moi, elle a pensé que ce
n’était pas assez de m’avoir trahi; elle a voulu encore me désespérer.
Tu étais toute ma consolation; eh bien, elle t’a emporté en me jurant
que je n’étais pas ton père, mais que ton père, c’était lui! A-t-elle
menti? je ne sais pas. Depuis vingt ans je me le demande.
Il s’avança tout près d’elle, tragique, terrible, et, arrachant la main
dont elle se couvrait la face:
--Eh bien! je vous somme aujourd’hui de me dire lequel de nous est le
père de ce jeune homme: lui ou moi; votre mari ou votre amant. Allons,
allons, dites!
Limousin se jeta sur lui. Parent le repoussa, et, ricanant avec fureur:
--Ah! tu es brave aujourd’hui; tu es plus brave que le jour où tu te
sauvais sur l’escalier parce que j’allais t’assommer. Eh bien! si elle
ne répond pas, réponds toi-même. Tu dois le savoir aussi bien qu’elle.
Dis, es-tu le père de ce garçon? Allons, allons, parle!
Il revint vers sa femme.
--Si vous ne voulez pas me le dire à moi, dites-le à votre fils au
moins. C’est un homme, aujourd’hui. Il a bien le droit de savoir qui est
son père. Moi, je ne sais pas, je n’ai jamais su, jamais, jamais! Je ne
peux pas te le dire, mon garçon.
Il s’affolait, sa voix prenait des tons aigus. Et il agitait ses bras
comme un épileptique.
--Voilà... voilà... Répondez donc... Elle ne sait pas... Je parie
qu’elle ne sait pas... Non... elle ne sait pas... parbleu!... elle
couchait avec tous les deux!... Ah! ah! ah!... personne ne sait...
personne... Est-ce qu’on sait ces choses-là?... Tu ne le sauras pas non
plus, mon garçon, tu ne le sauras pas, pas plus que moi... jamais...
Tiens... demande-lui... demande-lui... tu verras qu’elle ne sait pas...
Moi non plus... lui non plus... toi non plus... personne ne sait... Tu
peux choisir... oui... tu peux choisir... lui ou moi... Choisis...
Bonsoir... c’est fini... Si elle se décide à te le dire, tu viendras me
l’apprendre, hôtel des Continents, n’est-ce pas?... Ça me fera plaisir
de le savoir... Bonsoir... Je vous souhaite beaucoup d’agrément...
Et il s’en alla en gesticulant, continuant à parler seul, sous les
grands arbres, dans l’air vide et frais, plein d’odeurs de sèves. Il ne
se retourna point pour les voir. Il allait devant lui, marchant sous une
poussée de fureur, sous un souffle d’exaltation, l’esprit emporté par
son idée fixe.
Tout à coup, il se trouva devant la gare. Un train partait. Il monta
dedans. Durant la route, sa colère s’apaisa, il reprit ses sens et il
rentra dans Paris, stupéfait de son audace.
Il se sentait brisé comme si on lui eût rompu les os. Il alla cependant
prendre un bock à sa brasserie.
En le voyant entrer, Mˡˡᵉ Zoé, surprise, lui demanda:
--Déjà revenu? Est-ce que vous êtes fatigué?
Il répondit:
--Oui... oui... très fatigué... très fatigué...! Vous comprenez... quand
on n’a pas l’habitude de sortir! C’est fini, je n’y retournerai point, à
la campagne. J’aurais mieux fait de rester ici. Désormais, je ne
bougerai plus.
Et elle ne put lui faire raconter sa promenade, malgré l’envie qu’elle
en avait.
Pour la première fois de sa vie il se grisa tout à fait, ce soir-là, et
on dut le rapporter chez lui.