On ne 'saurait trop insister sur l'importance considérable de ce succès
remporté par les Grecs, succès décisif, non seulement en ce qui concerne
les opérations grecques, mais encore et tout autant en ce qui concerne
les opérations serbes. Les Bulgares, en effet, avaient fait de Doïran le
centre général de ravitaillement de toute leur armée, tant au nord qu'au
sud.
Il y avait à cela des raisons excellentes. La Bulgarie elle-même, en
tant que pays, peut d'autant moins subvenir seule à tous les besoins de
son armée, que cette année a été des plus mauvaises pour elle, par suite
de l'appel sous les drapeaux de tous les hommes de dix-huit à
quarante-cinq ans, c'est-à-dire de toute la main-d'oeuvre. Il lui faut
donc tout faire venir du dehors. Pour cela, elle a deux ports
d'importation: Varna et Dédéagatch, reliés à l'intérieur du pays par
chemin de fer.
Le premier port, Varna, est beaucoup trop éloigné du théâtre des
opérations, auquel, d'ailleurs, il est insuffisamment relié pour pouvoir
être utilisé. Ce fut donc par le second, Dédéagatch, que la Bulgarie fit
entrer tout ce dont elle avait besoin en tant que vivres, fourrages et
munitions.
Mais elle prévoyait bien que, dans une guerre avec la Grèce, la flotte
grecque, à qui rien ne pouvait être opposé, viendrait bloquer Dédéagatch
et rendre ce port à son tour inutilisable. Donc, elle prit ses
précautions en prévision de ce blocus. Elle résolut d'accumuler les
vivres, pour des semaines et des mois au besoin, en un point qui soit
sur le chemin de fer de Dédéagatch et en même temps assez loin de
l'armée serbe, la seule dangereuse à son avis, pour ne pouvoir être
menacée par elle.
Doïran avait donc été choisi comme station centrale de ravitaillement.
Pendant des semaines, le chemin de fer y avait amené directement de
Dédéagatch, farine, haricots, riz, sucre, fourrages, etc. Des convois
portaient de là les vivres aux deux armées.
C'est pour protéger cette base de ravitaillement que les positions de
Kilkiz, furent si formidablement couvertes de retranchements et de
redoutes, jugées amplement suffisantes contre l'adversaire peu sérieux
que seraient les Grecs, au cas invraisemblable où ils réussiraient à
arriver jusque-là.
Ils y sont arrivés pourtant. Et, après un succès d'une telle portée, qui
donc pourrait encore mettre en doute la valeur de l'armée hellénique et
de ses chefs?
Le chiffre des pertes grecques qui, sur toute la ligne et pour quatre
jours de bataille ont atteint 10.000 hommes (beaucoup d'officiers, dont
6 colonels, hors de combat); celui des pertes bulgares qui sont
supérieures encore; c'est-à-dire un total de pertes de 20.000 à 25.000
hommes,--voilà une dernière preuve irréfutable de l'importance et de la
gravité de cette bataille....