Que de questions soulevait ce dénouement inattendu! Quelle situation
grosse de mystères l'avenir réservait aux investigations de la
science! Grâce au courage et au dévouement de trois hommes, cette
entreprise, assez futile en apparence, d'envoyer un boulet à la Lune,
venait d'avoir un résultat immense, et dont les conséquences sont
incalculables. Les voyageurs, emprisonnés dans un nouveau satellite,
s'ils n'avaient pas atteint leur but, faisaient du moins partie du
monde lunaire; ils gravitaient autour de l'astre des nuits, et, pour
le première fois, l'œil pouvait en pénétrer tous les mystères. Les
noms de Nicholl, de Barbicane, de Michel Ardan, devront donc être à
jamais célèbres dans les fastes astronomiques, car ces hardis
explorateurs, avides d'agrandir le cercle des connaissances humaines,
se sont audacieusement lancés à travers l'espace, et ont joué leur vie
dans la plus étrange tentative des temps modernes.
Quoi qu'il en soit, la note de Long's-Peak une fois connue, il y eut
dans l'univers entier un sentiment de surprise et d'effroi. Était-il
possible de venir en aide à ces hardis habitants de la Terre? Non,
sans doute, car ils s'étaient mis en dehors de l'humanité en
franchissant les limites imposées par Dieu aux créatures terrestres.
Ils pouvaient se procurer de l'air pendant deux mois. Ils avaient des
vivres pour un an. Mais après?... Les cœurs les plus insensibles
palpitaient à cette terrible question.
Un seul homme ne voulait pas admettre que la situation fût désespérée.
Un seul avait confiance, et c'était leur ami dévoué, audacieux et
résolu comme eux, le brave J.-T. Maston.
D'ailleurs, il ne les perdait pas des yeux. Son domicile fut
désormais le poste de Long's-Peak; son horizon, le miroir de l'immense
réflecteur. Dès que la lune se levait à l'horizon, il l'encadrait
dans le champ du télescope, il ne la perdait pas un instant du regard
et la suivait assidûment dans sa marche à travers les espaces
stellaires; il observait avec une éternelle patience le passage du
projectile sur son disque d'argent, et véritablement le digne homme
restait en perpétuelle communication avec ses trois amis, qu'il ne
désespérait pas de revoir un jour.
«Nous correspondrons avec eux, disait-il à qui voulait l'entendre, dès
que les circonstances le permettront. Nous aurons de leurs nouvelles
et ils auront des nôtres! D'ailleurs, je les connais, ce sont des
hommes ingénieux. A eux trois ils emportent dans l'espace toutes les
ressources de l'art, de la science et de l'industrie. Avec cela on
fait ce qu'on veut, et vous verrez qu'ils se tireront d'affaire!»