LE MARÉCHAL MARMONT À NAPOLÉON.

«20 octobre 1813.

«Sire, je supplie Votre Majesté de me permettre de lui exprimer la vive

affliction que j'ai éprouvée à la lecture de son bulletin du 19, qui

vient de me parvenir.--Sire, tout ce qui est relatif à la défense de

Schoenfeld et de toute la plaine, jusqu'à la hauteur en arrière de

Paunsdorf, le 18 octobre, m'appartient tout entier, tant pour la

disposition des troupes que pour leur commandement sur le champ de

bataille, et non au prince de la Moskowa, auquel Votre Majesté attribue

les succès obtenus.--Il a paru à peine en tout dix minutes sur ce point.

J'ai été personnellement dix heures sous la mitraille de l'ennemi par la

nécessité des circonstances, parce que c'était seulement en payant de sa

personne et par la présence du chef qu'un aussi petit nombre d'hommes

que celui que j'avais pouvait résister à des forces aussi supérieures

que celles qui étaient devant moi. C'est ce jour-là, Sire, que tout ce

qui m'environnait a péri.--Jamais, à aucune époque de ma vie, je ne vous

ai servi avec plus de dévouement que dans cette occasion.--Il n'y a pas

un soldat du sixième corps qui ne puisse l'attester; et cependant Votre

Majesté n'a pas daigné prononcer mon nom dans le récit de cette

glorieuse journée.--Sire, après l'humiliation et le danger plus grand

encore d'être sous les ordres d'un homme tel que le prince de la

Moskowa, je ne vois rien de pire que de se voir aussi complétement

oublié en pareille circonstance.

«L'objet de mes affections et de mes voeux est d'obtenir votre

bienveillance; et Votre Majesté ne saurait me refuser sa justice.»

Mémoires du maréchal Marmont, duc de Raguse (5/9) · 第 154 / 167 题