«16 octobre 1813, trois heures du matin.
«Mon cousin, je reçois votre lettre du 15 octobre à neuf heures du soir.
Je ne tiens pas pour certain que le bataillon qui était à Hanicher se
soit replié devant de l'infanterie. Il paraît, au contraire, qu'il
n'avait devant lui que de la cavalerie. Il eût été convenable que vous
fissiez soutenir ce bataillon sur Hanicher, pour avoir des prisonniers.
Il n'est pas dans les règles qu'une reconnaissance de l'ennemi qui n'est
pas soutenue par un camp puisse s'approcher et reconnaître notre camp.
L'instruction que vous aviez donnée pour que ce bataillon se repliât
s'il trouvait l'ennemi en corps d'armée a reçu une mauvaise application,
puisque votre troupe s'est retirée sans que l'ennemi se soit présenté en
corps de bataille. Avec cette manière de faire la guerre, il est
impossible de rien apprendre. Vous auriez dû, depuis deux jours, envoyer
des espions à Halle et à Mersebourg, et faire ce qui est d'usage à la
guerre, en ordonnant au bourgmestre de vous donner un paysan, dont on
retient la femme en otage, et en envoyant avec ce paysan un soldat
déguisé comme domestique qui le suive dans sa mission[11]. Cela réussit
sur tous les points; mais vous n'employez aucune des précautions dont on
se sert à la guerre. Comment, depuis deux jours, avec trente mille
hommes, n'avez-vous fait aucun prisonnier[12]? Le fait est que votre
corps est un des plus beaux de l'armée, qu'il est en bataille contre
rien, et que vous manoeuvrez comme si vous aviez, à une lieue et demie
de vous, une armée campée, tandis qu'il est clair qu'avant-hier et hier
vous n'avez vu personne.
«NAPOLÉON.»
[Note 11: Les sapeurs français échappés et arrivés le 15 donnaient
de meilleurs renseignements que ceux des paysans. (_Note du duc de
Raguse._)]
[Note 12: Comment faire des prisonniers à quatre ou cinq mille
hommes de cavalerie qui nous entouraient, quand on a moins de mille à
douze cents chevaux? (_Note du duc de Raguse._)]