«Delitzsch, le 5 octobre 1813, huit heures du soir.
«Mon cher maréchal, j'ai reçu la lettre que vous m'avez écrite
aujourd'hui de Hohen-Priegnitz. Il ne s'agit pas, je crois, de serrer
sur Eulenbourg pour conserver ce débouché, mais bien de nous rassembler
le plus promptement possible sur Leipzig.
«Les divisions Fournier et Defrance, que j'ai détachées aujourd'hui sur
Landsberg, ont été forcées de rétrograder, et l'ennemi les a suivies
jusqu'à une demi-lieue d'ici, en avant de Gros-Kühna. L'ennemi s'est
également présenté à Schenkenberg; il a fallu de l'infanterie et du
canon pour l'éloigner. Enfin, le général Dabrowski, après s'être battu
contre des forces supérieures, a évacué Bitterfeld; il est à Paupitzsch
et se rapprochera encore cette nuit de Delitzsch. Ce général a vu plus
de quatre mille hommes de cavalerie passer la Mulde entre Bitterfeld et
Düben.
«Je viens d'ordonner à la division Durutte, qui est à Lukenwhna, de
rentrer en ligne demain matin à la hauteur de Mocherwitz. Je pense, mon
cher maréchal, que vous devez venir prendre position à Lukenwhna,
gardant Eulenbourg par un régiment d'infanterie et un détachement de
cavalerie; cette troupe aurait, en cas d'événement, sa retraite assurée
sur Leipzig, et pourrait même, au besoin, se diriger sur Wurtzen.
«Si vous jugez convenable de vous rassembler à Lukenwhna ou à Cremsitz,
j'attendrai l'ennemi demain à Delitzsch; nous nous trouverions
parfaitement en mesure de livrer bataille à l'ennemi ou de nous retirer
ensemble, s'il nous présentait des forces supérieures. Je ne crois pas
que l'ennemi ose engager un petit corps avec la Mulde à dos; ainsi nous
pourrions attendre et gagner la journée de demain. Il faut espérer que
l'Empereur nous donnera de ses nouvelles, et que Sa Majesté va prendre
un grand parti.
«J'attends, mon cher maréchal, votre réponse à la proposition que je
viens de vous faire pour prendre mes dispositions définitives.
«Maréchal prince DE LA MOSKOWA.»