22 juillet 1813

«Sire, j'ai reçu la lettre que Votre Majesté m'a fait l'honneur de

m'écrire le 19 juillet pour me donner ses ordres relatifs à Buntzlau.

Cette ville étant placée au bas d'un long amphithéâtre, les localités

sont peu favorables à la fortification. Cependant il m'a paru, après

avoir étudié son enceinte avec soin, qu'il était possible de remplir les

intentions de Votre Majesté, et je viens d'arrêter les travaux à

exécuter.

«Ils commenceront demain et seront poussés avec une grande activité.

J'aurai l'honneur d'adresser demain à Votre Majesté un plan de Buntzlau,

avec un rapport détaillé sur les ordres que j'ai donnés.

«L'artillerie et le génie du sixième corps fournissent quinze cents

outils. Des réquisitions ont été faites au pays; mais, comme il est

probable que je n'obtiendrai pas tout ce que j'ai demandé, il serait

désirable que le grand parc du génie nous donnât un secours de deux

mille outils.

«Comme les travaux de la récolte vont rendre les bras extrêmement rares,

il serait utile que les cercles de Lövenberg et de Goldsberg fournissent

chacun mille ouvriers pour les travaux de Buntzlau.»

* * * * *

«J'ai l'honneur d'adresser à Votre Majesté le plan de Buntzlau. Cette

place a une double enceinte. L'enceinte intérieure, étant contiguë aux

maisons, n'offrant ni espace, ni terre à porter pour les remblais, n'est

pas susceptible d'être mise en état de recevoir du canon. Cependant

c'est un dernier obstacle qu'on peut présenter à l'ennemi, et dont on

peut tirer parti en arrangeant quelques tours pour y placer de

l'infanterie. L'enceinte basse offre partout les moyens de faire un

parapet et des batteries. Les tours de cette enceinte sont en général

trop petites pour être armées de canon. Cependant, au moyen des

dispositions ordonnées et dont je vais rendre compte, il y aura quatre

pièces de canon placées en A au-dessus de la porte de Breslau; un pareil

nombre au-dessus de la porte AV, même à Goirenberg (G), quatre également

sur la porte de Dresde (O), deux en P, deux en U, une autre en T, enfin

quatre, dont l'ouvrage projeté en Z.

«Excepté en F, G, H, K, la place a partout une bonne contrescarpe,

revêtue de plus ou moins d'élévation, mais habituellement de quinze à

seize pieds. En avant de la porte G, il n'y a pas de fossé.

«J'ai ordonné d'élever une contrescarpe en F et d'en construire une en

G, de manière à élever assez les eaux pour qu'elles puissent se répandre

jusqu'en D au moyen du batardeau qui sera placé en G. Ce batardeau sera

couvert par la maison I, qui sera entourée d'un fossé et d'un parapet en

terre. Le fossé H et K sera également rempli d'eau au moyen des remblais

qui seront faits en K autour du lac, afin de pouvoir élever les eaux et

les forcer d'inonder ce fossé K et les étendre dans le fossé R jusqu'au

delà de U; là, élevant la contrescarpe qui environne les eaux en K de

cinq pieds et creusant le fossé en R de quatre pieds, il y aura dans

tout ce développement de la place un obstacle d'eau très-difficile à

franchir.

«La portion du fossé depuis S jusqu'en D n'est pas susceptible d'être

inondée; mais là le fossé est très-profond, la contrescarpe très-élevée,

et cette portion de fossé sera fraisée et palissadée avec beaucoup de

soin, et sera d'ailleurs couverte par l'ouvrage projeté en Z, qui

prendra aussi des revers sur la porte de Dresde, et, à cet effet, on va

démolir toute la portion du faubourg en BB.

«Il existe deux tours assez bien construites à chacune des deux portes:

l'une, à la porte de Breslau A, et l'autre à la porte de Dresde O. Elles

sont liées entre elles et liées également au mur d'enceinte intérieure.

On va construire devant ces tours deux massifs en glacis, élevés de huit

pieds, de manière à couvrir le pied de ces tours du feu de l'ennemi,

faisant aboutir le chemin pour entrer dans la ville en suivant la

contrescarpe, afin d'empêcher la porte d'être vue de l'extérieur. On va

faire un plancher qui réunisse ces tours avec l'enceinte intérieure, et

ce plancher sera placé à sept pieds, c'est-à-dire au-dessous du niveau

du masque, et on établira sur ce plancher un parapet en gabion de douze

pieds d'épaisseur, qui garantira des pièces de campagne. La place de

Löyenberg sera arrangée d'une manière analogue, excepté que cette

entrée, où sera le batardeau, sera supprimée. Enfin on formera en P et U

et en X des parapets en terre qui donneront les moyens d'armer ces

points avec de l'artillerie, et en général, comme la muraille d'enceinte

extérieure est assez mauvaise, on relèvera les contrescarpes de manière

à la masquer de la vue de la campagne, et les tours seront disposées à

être occupées par de l'infanterie, dont l'action n'aura pour objet que

la défense du fossé. Les seuls points qui doivent avoir action sur

l'extérieur devant être ceux qui sont armés de canon et les tours de

l'enceinte intérieure, qui seront disposées pour recevoir de

l'infanterie.

«Je pense qu'une fois ces travaux exécutés la ville de Buntzlau,

défendue par mille hommes, non-seulement sera à l'abri d'un coup de

main, mais exigera du gros canon et quelques travaux de siége, et je ne

pense pas qu'il faille, pour que ces travaux soient terminés, plus que

la durée de l'armistice.

«Une partie de la manutention avait été placée dans le faubourg; elle va

être transportée dans la ville et augmentée.»

Mémoires du maréchal Marmont, duc de Raguse (5/9) · 第 59 / 167 题