AU GÉNÉRAL BARCLAY DE TOLLY.

«Dresde, le 23 juin 1813.

«Monsieur le général, je m'empresse de porter à votre connaissance la

conduite du major de Lützow et les événements auxquels elle a donné

lieu. Ce major, chef d'un corps de partisans, a été prévenu, le 7, de

l'armistice. La copie lui a été portée par un officier d'état-major. Il

en a eu connaissance par la traduction en allemand que le duc de Weimar

en a fait faire, et qu'il a fait imprimer, placarder et répandre à

profusion.

«Le major de Lützow a fait dire à l'officier d'état-major qui lui

portait la copie de l'armistice qu'il ne reconnaissait pas l'armistice.

On lui a fait observer que, le 12, il devait avoir repassé l'Elbe, et

qu'en conséquence il n'y avait pas de temps à perdre: il fit déclarer

qu'il était corps franc.

«Depuis le 7 jusqu'au 18, M. le major de Lützow a continué les

hostilités: il a arrêté les malles de Bavière et de Dresde; il a levé

des contributions, comme dix-huit procès-verbaux le constatent. Il a

arrêté les individus tant civils que militaires rencontrés sur la route;

il a continué à enrôler les jeunes gens du pays et les étudiants des

universités; il a attaqué des détachements, pris des courriers venant

d'Augsbourg et d'Italie, et enfin des soldats marchant isolément.

«L'Empereur et Roi mon maître n'est arrivé à Dresde que le 10, et, le

14, voyant que les hostilités sur ses derrières continuaient, Sa Majesté

a ordonné aux détachements de cavalerie en marche pour rejoindre l'armée

de s'arrêter et de se pelotonner pour courir sur les partisans, attendu

que, le 12, ils devaient, aux termes de l'armistice, en avoir exécuté

les dispositions.

«D'autres corps, se disant partisans, répondaient qu'ils ne pouvaient

reconnaître l'armistice, donnant pour motifs, les uns qu'ils dépendaient

de l'armée suédoise, les autres qu'ils étaient à la solde de

l'Angleterre, et enfin d'autres corps indépendants et insurrectionnels.

«Sa Majesté l'Empereur et Roi a donc cru nécessaire de prescrire l'ordre

du jour dont je vous envoie copie. J'avais donné un ordre à peu près

semblable dès le 16. Cependant, j'ai l'honneur de proposer à Votre

Excellence d'échanger ceux des partisans qui sont actuellement en notre

pouvoir ou qui seront arrêtés contre ceux de nos gens qui ont été faits

prisonniers par vos troupes depuis le 4 juin.

«Nous avons aussi à nous plaindre de la non-exécution de l'article 4 de

l'armistice, qui porte, entre autres choses: que, depuis l'embouchure

de la Katzbach, la ligne de démarcation suivra le cours de l'Oder

jusqu'à la frontière de Saxe, longera la frontière de Saxe, etc.; dès

lors Crossen s'y trouve compris. Cependant les Prussiens, contre toutes

raisons, veulent occuper Crossen, quoique le droit soit de notre côté et

que cela ne dût pas être discuté: j'en prends pour juge Votre Excellence

elle-même.

«Mais, voulant cependant éviter toute discussion, l'Empereur et Roi

propose que ce pays soit considéré comme neutre, de manière qu'il ne

soit occupé ni par l'armée combinée ni par les armées françaises et

alliées.

«Les troupes légères de Votre Excellence parcourent le pays jusqu'aux

portes de Liegnitz. Je la prie de vouloir bien donner des ordres à cet

égard.

«Le prince vice-connétable, major général,

«_Signé_: ALEXANDRE.»

Mémoires du maréchal Marmont, duc de Raguse (5/9) · 第 55 / 167 题