LE MARÉCHAL MARMONT AU MAJOR GÉNÉRAL.

«Philippsthal, le 19 avril 1813, quatre heures du matin.

«Monseigneur, je reçois la lettre que Votre Altesse m'a fait l'honneur

de m'écrire le 17, ainsi que celles de Sa Majesté. J'ai reçu hier au

soir une lettre du prince de la Moskowa, d'Erfurth, du 17 au soir. Elle

confirme les nouvelles qu'il m'avait données précédemment, que l'ennemi

n'a pas de forces à portée. Les coureurs qui s'étaient montrés se sont

retirés.

«J'ai deux divisions à Eisenach, et j'occupe Gotha. Le prince de la

Moskowa comptait mettre aussi une division à Gotha; je lui ai fait avec

instance la demande de me laisser cette ville, qui m'est indispensable

pour subsister. Ma troisième division arrivera demain à Eisenach; je

serai moi-même dans cette ville dans trois heures.

«Je vais faire reconnaître aujourd'hui les officiers que Sa Majesté a

nommés, et je vais faire rédiger de suite le tableau des emplois vacants

et les mémoires de proposition. Je n'ai pu faire faire ce travail hier,

parce que les troupes étaient en marche.

«D'après la récapitulation que j'ai faite des emplois vacants et des

sujets propres à les remplir, c'est-à-dire des mémoires de proposition

que je vais adresser de nouveau à Votre Altesse, il faut soixante

capitaines, un officier payeur, deux adjudants-majors, soixante-sept

lieutenants, qui ne peuvent pas être fournis par les corps, faute de

sujets. Ainsi c'est ce nombre de sujets qu'il est nécessaire d'envoyer à

mon corps d'armée pour remplir les emplois vacants; et je suppose que

tous les sous-lieutenants nommés pour les régiments de marine ont

rejoint.

«Le 25e provisoire n'a ni colonel ni major; mais le duc de Valmy m'a

annoncé qu'il en avait à Mayence, et je l'ai instamment prié de leur

donner l'ordre de me rejoindre. Ayant reçu des officiers supérieurs

revenant du troisième corps depuis que j'ai eu l'honneur d'adresser mon

rapport, je les ai placés dans les différents corps qui en manquaient.

J'aurai l'honneur d'en adresser l'état exact, afin que Votre Altesse

veuille bien donner les lettres de passe.

«J'ai eu l'honneur d'adresser à Votre Altesse, par le colonel Jardet,

mon aide de camp, à son arrivée à Mayence, un état de situation dans la

forme demandée. Ainsi je pense que Sa Majesté a, pour le nombre des

présents sous les armes, tous les documents que je puis lui fournir.

Quant au nombre des emplois vacants, ils se composent de ceux vacants

par manque de sujets, et que j'ai relatés plus haut, et des propositions

faites par les corps et dont Votre Altesse va recevoir le double.

«Mes troupes, en passant à Fulde, se sont complétées en pain. Il restera

encore en réserve trois mille quintaux de farine, dont douze cents

étaient, à mon passage, en magasin, et le surplus devait être livré dans

deux jours.

«Il n'existe point de fours militaires à Fulde: les moyens de

fabrication que le pays comporte sont de huit mille rations par jour et

de vingt-quatre mille dans un rayon de deux à trois lieues. N'ayant ni

officiers du génie ni employés pour la construction des fours, j'écris

au préfet de Fulde, pour qu'il ait à remplir les intentions de Sa

Majesté; et je ferai, à Eisenach, tout mon possible pour exécuter ses

ordres.

«On s'occupe de rassembler à Eisenach les quatre mille quintaux de

farine demandés. J'ai fait la demande d'un rassemblement de huit à dix

mille quintaux à Gotha, qu'on m'a promis de former immédiatement.

«Aussitôt que le retour d'hiver rigoureux qui se fait sentir sera passé,

je ferai camper les troupes; et, d'ici là, je les rassemblerai, autant

que possible, pour que leur instruction soit poussée avec activité.

«Les quatorze bouches à feu du général Durutte sont à mon corps d'armée.

Je les ai attachées provisoirement à la troisième division, qui n'a pas

encore son artillerie.»

Mémoires du maréchal Marmont, duc de Raguse (5/9) · 第 33 / 167 题