EN GUISE DE PRÉFACE ET DE DÉDICACE

Les trois Essais du grand philosophe--dirais-je: du grand Sage?--qu’est

Rabindranath Tagore, avant de paraître en librairie furent le thème de

conférences que leur auteur fit en Amérique et au Japon.

Pour les besoins de la publication, nous nous sommes permis de faire du

texte parlé un texte écrit, rendant ainsi la lecture plus facile au

public immense auquel s’adressent ces pages.

Présenter Rabindranath Tagore me semble inutile et vain. Il est trop

universellement connu. Je citerai seulement ces lignes de Pierre Hamp,

qui rappellent la visite de Rabindranath Tagore à Paris, en 1921:

«Le grand poète Hindou, un des premiers hommes du monde en notre temps,

fut reçu sans éclat par le Gouvernement français soucieux de ne pas

déplaire à l’Empire Britannique. Quelques esprits indépendants, comme il

s’en trouve toujours dans ces bagarres, firent de leur mieux pour

persuader Tagore que les Français l’estimaient beaucoup plus que leurs

ministres ne le donnaient à croire. Un jour pour l’amener à une réunion

de ses admirateurs, on le plaça dans une voiture automobile. Un Hindou

de sa suite dut se mettre sur le siège. Le chauffeur allongeant le pouce

par-dessus son épaule pour désigner à ce jeune homme le vieillard

hiératique en longue robe gris perle demanda:

«--Qu’est-ce que c’est que ce type-là?

«Le jeune Hindou savait assez de français pour réussir à faire entendre

en dix minutes, temps du trajet, que c’était Rabindranath Tagore, poète

de l’autre bout du monde, mais compatriote de tous les hommes de cœur.

«Le voiturier tira de sa poche le journal l’_Humanité_ qui avait le

matin publié un poème de Tagore et sa photographie:

«--C’est celui-là? Alors je fais la course pour rien.

«L’âme de la France était sauvée devant Rabindranath Tagore.

«Une aventure toute différente fut celle de cet attaché de cabinet du

temps où le poète Hindou obtint le Prix Nobel. Ayant mal entendu la

première dépêche, il alla voir au Collège de France un célèbre

hébraïsant juif qui devait connaître tous les rabbins du monde. Le

professeur l’écouta et réfléchit longtemps, car son esprit sérieux ne se

décidait pas vite à admettre tant d’absurdité. Enfin il demanda:

«--Ne serait-ce pas Rabindranath Tagore?

«--C’est cela même, dit l’attaché. Le nom exact nous manquait. Le rabbin

Dranate. Qu’est-ce que c’est que ce type-là?

«Il faut quelques attachés de cabinet. Tout le monde ne peut pas être

chauffeur.»

Ce n’est donc point aux attachés de cabinet, ni à leurs maîtres que

j’offrirai ces pages, à la traduction desquelles j’ai apporté un soin

pieux et dévoué, conscient de l’importance universelle de cette grande

Parole d’un Sage, Parole d’Accusation et d’Avertissement,--mais aux

Autres, à la foule des Autres, aux petits, aux modestes, aux hommes de

bonne volonté qui sont les Peuples et que grugea impitoyablement la

machine anthropophagique, goule effroyable et inconsciente du

Nationalisme.

A LA MÉMOIRE AIMÉE DE MON FRÈRE,

VICTIME DE LA MACHINE,

A MON PÈRE,

A TOUS LES HOMMES DE CŒUR,

Je dédie cette traduction.

Nationalisme · 第 3 / 16 题