I. Concordance de cette doctrine et de l'esprit anglais. --
Liaison de l'esprit positif et de l'esprit religieux. -- Quelle
faculté ouvre le monde des causes.
II. Qu'il n'y a ni substances ni forces, mais seulement des faits
et des lois. -- Nature de l'abstraction. -- Rôle de l'abstraction
dans la science.
III. Théorie de la définition. -- Elle est l'exposé des abstraits
générateurs.
IV. Théorie de la preuve. -- La partie probante du raisonnement
est une loi abstraite.
V. Théorie des axiomes. -- Les axiomes sont des relations
d'abstraits. -- Ils se ramènent à l'axiome d'identité.
VI. Théorie de l'induction. -- Ses procédés sont des éliminations
ou abstractions.
VII. Les deux grandes opérations de l'esprit, l'expérience et
l'abstraction. -- Les deux grandes apparences des choses, les
faits sensibles et les lois abstraites. -- Pourquoi nous devons
passer des premiers aux secondes. -- Sens et portée de l'axiome
des causes.
VIII. Il est possible de connaître les éléments premiers. --
Erreur de la métaphysique allemande. -- Elle a négligé la part du
hasard et les perturbations locales. -- Ce qu'une fourmi
philosophe pourrait savoir. -- Idée et limites d'une
métaphysique. -- Position de la métaphysique chez les trois
nations pensantes. -- Une matinée à Oxford.
I
J'étais à Oxford l'an dernier, pendant les séances de la _British
Association for the advancement of learning_, et j'y avais trouvé,
parmi les rares étudiants qui restaient encore, un jeune Anglais,
homme d'esprit, avec qui j'avais mon franc-parler. Il me conduisait le
soir au nouveau muséum, tout peuplé de spécimens: on y professe de
petits cours, on met en jeu des instruments nouveaux; les dames y
assistent et s'intéressent aux expériences; le dernier jour, pleines
d'enthousiasme, elles chantèrent _God save the Queen_. J'admirais ce
zèle, cette solidité d'esprit, cette organisation de la science, ces
souscriptions volontaires, cette aptitude à l'association et au
travail, cette grande machine poussée par tant de bras, et si bien
construite pour accumuler, contrôler et classer les faits. Et pourtant
dans cette abondance il y avait un vide: quand je lisais les comptes
rendus, je croyais assister à un congrès de chefs d'usines; tous ces
savants vérifiaient des détails et échangeaient des recettes. Il me
semblait entendre des contre-maîtres occupés à se communiquer leurs
procédés pour le tannage du cuir ou la teinture du coton: les idées
générales étaient absentes. Je m'en plaignais à mon ami, et le soir,
sous sa lampe, dans ce grand silence qui enveloppe là-bas une ville
universitaire, nous en cherchions tous deux les raisons.