[Illustration: M. J.-J. WEISS]
J.-J. Weiss vient de mourir dans sa paisible retraite de Fontainebleau,
loin de la politique, au milieu des livres. Ceux-ci l'ont consolé des
déceptions de celle-là.
Weiss se préparait à l'École de Saint-Cyr quand de brillants succès dans
les lettres, un prix d'honneur de philosophie au concours général,
déterminèrent sa véritable vocation. Il entra à l'École normale
supérieure. Il arrivait à la vie active sous le second empire, au moment
du réveil des idées libérales. Il prit part aux luttes que l'opposition
entreprenait dans le _Courrier du Dimanche_, dans le _Journal de Paris_,
contre le régime de 1852. Aussi, lorsque les idées de libéralisme
l'emportèrent dans les conseils du gouvernement, Weiss fut nommé
secrétaire général du ministère des Beaux-Arts.
La Révolution du 4 septembre vint clore brusquement ce rêve de
fonctionnarisme à peine esquissé. Mais l'Assemblée nationale fit de
Weiss un conseiller d'État.
Gambetta, qui voulait que la République accueillit tous ceux qui
honoraient la patrie sans leur demander un passeport d'origine, prit
Weiss comme directeur des affaires politiques, à son arrivée au
ministère des affaires étrangères. Les radicaux reprochèrent vivement à
Gambetta cette marque d'intelligent éclectisme: ils n'eurent pas à la
reprocher longtemps.
Rendu à la littérature, Weiss a reçu, il y a trois ans, le viatique des
littérateurs que les caprices de la chance n'ont point favorisés: une
place de bibliothécaire. Il en a vécu ses derniers jours.
Nous devons à l'obligeance de l'éditeur de la partition du _Coeur de
Sita_ le morceau de musique que nous publions aujourd'hui. La valse
lente est une des plus charmantes pages que M. de Sivry ait écrite pour
le ballet que l'Éden-Théâtre représente en ce moment avec succès.
[Illustration]