LES LIVRES NOUVEAUX

_Cinq années de séjour aux îles Canaries_, par le docteur R. Verneau,

ouvrage couronné par l'Académie des sciences. (A. Hennuyer, édit., 1 vol

in-8, gr. pl. et cartes.)--Faut-il voir dans les Canaries l'Atlantide de

Platon, les Gorgades d'Hésiode, les Hespérides de Diodore de Sicile? On

l'a prétendu. Mais Platon, Hésiode, Diodore, croyaient-ils bien

eux-mêmes à l'existence de ces mythiques régions dont le siège reculait

toujours devant les progrès de la géographie? Ce qui parait probable,

c'est que Pline et Ptolémée connurent les Canaries et en firent les Iles

Fortunées; ce qui est certain, c'est qu'elles furent authentiquement

découvertes et acquises à la carte du monde, au treizième siècle, par un

Français, devenu Génois, Lancelot Maloisel, qui a laissé son nom à l'une

des îles, Lancelotte; c'est que leur premier conquérant fut un baron

normand, Jean de Béthencourt, qui s'en fit donner, en 1402,

l'investiture par le roi de Castille, et dont les héritiers furent

dépouillés un demi-siècle plus tard. Depuis lors, l'Espagne n'a cessé de

les posséder. Sept îles constituent l'archipel canarien: Lancerotte,

Fortaventure, la Grande Canarie, la Gomère, la Palme, l'Île-de-Fer.

Pendant cinq années, le docteur Verneau les a parcourues dans tous les

sens, en sa multiple qualité de médecin, de géologue, d'anthropologiste,

de géographe; sans parler ici du résultat scientifique de ses

recherches, ce qui ressort de la lecture de son livre, c'est que les

Canariens n'ont rien de sauvage, que leur hospitalité est affable, que

leur climat est doux. Pourquoi l'Europe poitrinaire n'irait-elle pas,

comme le propose l'auteur, y créer des stations hivernales? De Bordeaux,

il n'y a que 3,000 kilomètres!

L'Illustration, No. 2518, 30 Mai 1891 · 第 18 / 35 题