Cannes, 29 mai 1870.
Mon cher Panizzi,
Je viens de recevoir votre lettre, et j'apprends avec bien du regret la
mort de la comtesse Téléki. Je la connaissais peu, mais elle est de ces
personnes dont on garde le souvenir. Qu'allait-elle faire à Damas!
C'était déjà une grande imprudence, avec une santé comme la sienne, de
s'aventurer en Égypte. Mais, en Syrie, où, avec toutes les chances de
fièvre, se joint la certitude d'énormes fatigues, c'était vraiment
insensé. Je vous plains de tout mon cœur d'avoir perdu une si excellente
amie. Cela ne se remplace pas.
Je pars demain pour Marseille, où je passerai la nuit. Le lendemain,
dans l'après-midi, je compte partir pour Paris, où j'arriverai mercredi
à huit heures et demie du matin. Au delà, je n'ai plus de projets, et,
avec ma santé, il serait absurde d'en faire. L'impératrice m'a écrit
qu'elle voulait que je lui tinsse compagnie à Saint-Cloud pour quelques
jours; mais je ne sais si je serai en état présentable.
La pauvre madame de Montebello est sinon morte, du moins dans un état
désespéré.
Le docteur Maure, qui se rappelle à votre souvenir, devait partir pour
Paris avec moi; mais les élections pour le conseil général vont avoir
lieu, et il canevassera ici jusqu'au milieu de juin.
Bien que je sois payé pour ne pas croire aux médecins, je me laisse
aller toujours à bien penser de ceux à qui je n'ai pas eu affaire. On
m'a parlé de Chepmell comme d'un habile homme, et l'idée m'est venue de
le consulter. Je crois que, si vous lui écriviez, il me donnerait un
rendez-vous sans me faire attendre, et c'est un point capital. Vous lui
direz que j'ai été pour quelque chose dans son installation médicale à
Paris, et qu'il devrait me guérir pour ma peine.
Adieu, mon cher Panizzi. Je suis horriblement fatigué de mes paquets;
mais je n'ai pas voulu tarder à vous dire toute la part que je prends à
la perte de cette pauvre comtesse Téléki.