LI

Paris, 9 juillet 1865.

Mon cher Panizzi,

L'empereur part mercredi pour Plombières, et probablement en même temps

l'impératrice ira à Fontainebleau, mais toute seule. Elle a, dit-on,

l'intention d'aller ensuite à Biarritz, lorsque l'empereur aura terminé

son inspection du camp de Châlons.

Paris commence fort à se dépeupler, il y fait une chaleur tropicale et

il faut avoir un parasol comme à Cannes pour passer les ponts. Je

suppose que vous avez à peu près la même température à Londres et que

vous vous trouvez assez bien le soir dans votre jardin.

Mademoiselle Marguerite Libri m'a écrit et me parle de la stupéfaction

produite dans le British Museum par l'annonce de votre retraite, les

espérances et les peurs que causent vos successeurs probables.

L'important, c'est que vous ne regrettiez pas trop votre boutique, et,

pour cela, il faut que vous vous mettiez le plus tôt possible à quelque

ouvrage, _History of my own Life_,--_England and the English_; voilà

deux ouvrages que je vous propose, ou bien faites un recueil de sonnets

ou un traité _De rebus omnibus et quibusdam aliis_. La grande

difficulté, c'est de passer de l'esclavage à la liberté, et il faut

soigner la transition. Voyez ce qui se passe pour les nègres aux

États-Unis.

Vous me paraissez résolu à demeurer en Angleterre. Bien qu'il y ait fort

à discourir là-dessus, je penche à vous approuver, car c'est là que vous

avez vos habitudes. Je ne suis pas sûr que vous vous trouvassiez à votre

aise en Italie ou ailleurs. D'un autre côté, à nos âges, on n'aime plus

guère l'agitation, et je crains fort pour l'Europe dans les dernières

années de notre vie. La Révolution n'a dit nulle part son dernier mot;

elle passera la Manche, je le crois; mais ce sera tard et lorsque nous

n'aurons pas à nous en préoccuper.

Il paraît que lord Palmerston ne se dispose nullement à résigner. Il

veut mourir son portefeuille sous le bras, et je crois qu'il y réussira.

C'est une belle vie, mais il y aurait encore quelque chose de plus beau.

J'ai peur qu'il ne quitte la partie trop tard et lorsqu'il ne sera plus

regretté.

Vous ne me dites rien des élections. Je crois à une Chambre à peu près

la même que la défunte, un peu plus poltronne et un peu plus amoureuse

d'argent et de paix.

Adieu, mon cher Panizzi; je vais passer à la Bibliothèque demain, pour

savoir où en est le portrait de l'infant de Portugal.

Lettres à M. Panizzi, tome II · 第 54 / 206 题