Fontainebleau, 22 juin 1864.
Mon cher Panizzi,
Je suis encore dans la plus grande incertitude sur ce que je ferai, ou
plutôt sur ce que je pourrai faire. Selon leur habitude, Leurs Majestés
ne nous ont encore rien dit de positif, mais on nous annonce qu'on nous
retiendra jusqu'à samedi soir. Je réclamerais ma liberté pour demain
sans deux considérations graves.
La première, que l'empereur m'a demandé un travail que je n'ai pas
encore terminé et que je voudrais lui remettre avant de partir. Vous
devinez de quoi il s'agit, c'est une révision d'épreuves que je ne puis
emporter avec moi.
La seconde considération est que je suis toujours très souffrant. Je
suis si mal à mon aise, que je ne sais si j'oserais me mettre en route.
La vie qu'on mène ici est horriblement fatigante, bien que j'évite de
faire des promenades et que je me retire dans ma chambre de bonne heure,
et que je ne boive guère que de l'eau. Je tousse toutes les nuits au
lieu de dormir. Bien des choses que je vous raconterai me donnent encore
du tracas et me font faire du mauvais sang. Cependant je ferai de mon
mieux. Avant samedi, vous recevrez de mes nouvelles. Si je puis être à
Londres ce jour-là, je partirai; mais cela est fort douteux: le docteur
me conseille de rester enfermé chez moi à Paris trois ou quatre jours
sans parler, sans remuer, jusqu'à ce que cette toux, qui me fatigue
tant, ait disparu. Enfin j'espère que, quoi qu'il arrive, je serai au
British Museum avant la fin du mois.
J'ai fait votre commission auprès du prince impérial, qui m'a chargé de
vous dire qu'il ne vous oubliait pas, et qu'il espérait bien vous
revoir. Je suis également chargé de force compliments pour vous par deux
dames que vous connaissez et avec qui vous avez fait la fameuse campagne
de la Rune.
Les élections aux conseils généraux sont assez bonnes; cependant il y a
un certain nombre d'orléanistes qui ont été nommés.
J'ai eu avec _quelqu'un_ une grande conversation au sujet du clergé.
Vous en auriez été content; malheureusement, parler et agir sont deux.
Le temps se remet un peu, cependant les soirées sont toujours très
fraîches; en outre, Fontainebleau est fort humide.
Adieu, mon cher Panizzi; vous aurez sous peu un mot de moi.