Tu pleurais assise près de moi au fond du fiacre

Et maintenant

Tu me ressembles tu me ressembles malheureusement

Nous nous ressemblions comme dans l'architecture du

siècle dernier

Ces hautes cheminées pareilles à des tours

Nous allons plus haut maintenant et ne touchons plus

le sol

Et tandis que le monde vivait et variait

Le cortège des femmes long comme un jour sans pain

Suivait dans la rue de la Verrerie l'heureux musicien

Cortèges ô cortèges

C'est quand jadis le roi s'en allait à Vincennes

Quand les ambassadeurs arrivaient à Paris

Quand le maigre Suger se hâtait vers la Seine

Quand l'émeute mourait autour de Saint-Merry

Cortèges ô cortèges

Les femmes débordaient tant leur nombre était grand

Dans toutes les rues avoisinantes

Et se hâtaient raides comme balle

Afin de suivre le musicien

Ah! Ariane et toi Pâquette et toi Amine

Et toi Mia et toi Simone et toi Mavise

Et toi Colette et toi la belle Geneviève

Elles ont passé tremblantes et vaines

Et leurs pas légers et prestes se mouvaient selon la

cadence

De la musique pastorale qui guidait

Leurs oreilles avides

L'inconnu s'arrêta un moment devant une maison à

vendre.

Maison abandonnée

Aux vitres brisées

C'est un logis du seizième siècle

La cour sert de remise à des voitures de livraisons

C'est là qu'entra le musicien

Sa musique qui s'éloignait devint langoureuse

Les femmes le suivirent dans la maison abandonnée

Et toutes y entrèrent confondues en bande

Toutes toutes y entrèrent sans regarder derrière elles

Sans regretter ce qu'elles ont laissé

Ce qu'elles ont abandonné

Sans regretter le jour la vie et la mémoire

Il ne resta bientôt plus personne dans la rue de la

Verrerie

Sinon moi-même et un prêtre de Saint-Merry

Nous entrâmes dans la vieille maison

Calligrammes: Poèmes de la paix et de la guerre (1913-1916) · 第 28 / 155 题