VI. Année 1328 Chapitre I.

On a tant disputé sur les droits respectifs de Philippe de Valois et

d'Edouard III à la succession de Charles-le-Bel, que nous croyons

devoir ajouter ici le début de l'histoire de Philippe de Valois,

tel que les éditions gothiques l'ont imprimé. Il offre quelques

circonstances de plus que le texte que nous avons préféré d'après les

meilleurs et les plus nombreux manuscrits:

«Après la mort du roy Charles qui bel fu appellé, lequel avoit laissé

la royne Jehanne sa femme grosse, furent assemblés les barons et les

nobles à traicter du gouvernement du royaulme. Car, comme la royne de

France fust grosse, et on ne savoit quel enfant elle devoit avoir,

il n'y avoit celluy qui osast à soy appliquer le nom de roy. Mais

seullement estoit question entr'eulx, auquel comme au plus prochain

devoit estre commis le gouvernement du royaulme; mesmement comme au

royaulme de France femme ne succède pas personnellement en royaulme.

«Si disoient les Anglois qui présens estoient pour le roy d'Angleterre

tant comme le plus prochain et nepveu du roy Charles à luy devoit venir

le gouvernement du royaulme. Et mesmement le royaulme, sé la royne

n'avoit hoir male, et non pas à Phelippe de Valois qui n'estoit que

cousin germain. Dont plusieurs docteurs en droit canon et en droit

civil qui présens estoient, disoient que à Edouart appartenoit le

gouvernement comme au plus prochain. Adoncqucs fu argué à l'encontre

de ceux qui pour le roy d'Angleterre là estoient et contre l'oppinion

d'aucuns docteurs et leur fu dit que la prochaineté que le roy

d'Angleterre devoit avoir ou soy disoit avoir ou royaulme de France

ne luy venoit, fors que de par sa mère, laquelle avoit esté fille

du roy Phelippe-le-Bel. Et la coustume de France toute commune est

que femme ne succède pas au royaulme de France, nonobstant qu'elle

soit la plus prochaine en lignaige. Et encore fu argué qu'il n'avoit

oncques esté veu né sceu que le royaulme de France eust esté soubmis

au roy d'Angleterre né à son gouvernement. Et mesmement que ledit

roy d'Angleterre est vassal du roy de France et tient de luy grant

partie de la terre que il a pardessa la mer. Ces raisons oïes et

pluseurs autres par lesquelles le roy d'Anglelerre ne devoit pas venir

au gouvernement du royaulme, nonobstant qu'il fust le plus prochain

de par sa femme au roy Charles; il fu conclu par aucuns nobles et

mesmement par messire Robert d'Artois, si comme l'en disoit, que à

messire Phelippe de Valois, fils de messire Charles de Valois, devoit

venir le gouvernement du royaulme de France, comme plus prochain par

ligne de hoir male. Et lors fu appelle régent du royaulme de France

et de Navarre. Et receut les hommages du royaulme de France et non

pas de Navarre. Car Loys, conte d'Evreux, à cause de sa femme, fille

du roy Loys Hustin, ainsné fils du roy Phelippe-le-Bel, disoit à luy

appartenir ledit royaulme de Navarre, pour la cause de la mère de

sa femme. Laquelle avoit esté femme du roy Phelippe-le-Bel. Mais la

royne Jehanne de Bourgoigne disoit le contraire, et que à sa fille,

femme du duc de Bourgoigne, devoit appartenir. Car son père estoit

vestu de tous les drois dudit royaulme quant il mourut. Semblablement

la royne Jehanne d'Evreux disoit que à sa fille appertenoit par plus

forte rayson. Et là eut moult grant altercation de l'une partie contre

l'autre et demoura ainsi la chose une pièce de temps en suspens.»

Les grandes chroniques de France (5/6) selon que elles sont conservées en l'Eglise de Saint-Denis en France · 第 289 / 290 题