IV. Année 1315 Chapitre LXXVIII.(Fin de la grande note.)

Voici les paroles de M. Michelet:

«Louis à son avènement fit étrangler sa femme, afin de pouvoir se

remarier. Blanche, restée seule en prison, fut bien malheureuse.--_Elle

fut_, dit brutalement le moine historien, _engrossée par son geolier ou

par d'autres_. Il passe outre avec une cruelle insouciance. Peut-être

aussi n'ose-t-il en dire davantage. D'après ce qu'on sait des princes

de ce temps, on croirait aisément que la pauvre créature, dont la

première faiblesse n'était pas bien prouvée, fut mise à la discrétion

d'un homme chargé de l'avilir.»

Cette citation offre, il faut l'avouer, le résumé des défauts

du travail de M. Michelet. Toutes les sources historiques sont

employées, mais arbitrairement interprétées et parfois inexactement

citées. Certes, le _moine historien_ est bien loin de parler _aussi

brutalement_; j'ai reproduit ses expressions page 221. D'ailleurs, pour

se remarier, Louis X n'avoit pas plus besoin de faire étrangler sa

femme que Charles-le-Bel de déshonorer la sienne.--Le _quidam serviens

custodioe deputato_ ne signifie pas le geôlier de Blanche, mais l'un

des gentilshommes chargés de sa garde. Supposer qu'on _eût besoin

d'avilir Blanche_, déjà condamnée et suffisamment avilie par sentence

du parlement, c'est confondre les époques et rappeler bien mal à propos

l'anecdote que Tacite a contée de la fille de Séjan. Charles-le-Bel,

devenu roi, obtint la nullité de son premier mariage: mais pour

l'obtenir il se garda bien d'alléguer des motifs de ce genre.

Au reste, les défauts que je ne crains pas de signaler n'empêchent

pas que le travail de M. Michelet ne soit le plus précieux et même le

plus remarquable que l'on ait entrepris de notre temps sur l'histoire

de France. Cet habile écrivain a du moins le courage de trouver dans

nos annales quelques beaux endroits, quelques nobles faits et quelques

grands caractères. On lui doit de la reconnaissance pour n'avoir pas

systématiquement déprécié les anciennes moeurs, les anciennes lois,

les anciens héros de la patrie. J'oserai même ajouter que si, nouveau

Niebuhr, M. Michelet revient un jour avec sévérité sur sa première

inspiration, il pourra doter la France d'une véritable histoire. Déjà

dans ce qu'il a publié on reconnoît plusieurs beaux fragmens d'un

monument national: puisse-t-il un jour les réunir, les coordonner et

surtout les séparer de tout ce qui les dégrade et les déshonore!

Les grandes chroniques de France (5/6) selon que elles sont conservées en l'Eglise de Saint-Denis en France · 第 287 / 290 题