ANNÉE 1344

_Coment Henry de Malestroit, cler du roy, fu mis en l'eschielle au

parvis devant Nostre-Dame, et puis mourut en l'oubliette._

En l'an de Nostre-Seigneur mil trois cent quarante-quatre, Jehan,

fils de Phelippe roy de France, duc de Normendie, par l'ordenance

et volenté du pape s'en ala à Avignon à grant et noble compaignie,

là où le roy d'Angleterre devoit convenir. Et quant il ot attendu

longuement pour ce que le roy d'Angleterre ne venoit point, mais

envoioit messagers solempnels qui n'estoient mie fondés souffisamment

à expédier la besoigne de laquelle il devoient traittier, tout ainsi

comme il estoit alé il s'en retourna vuide et sans riens faire. Mais

tandis qu'il attendoit à Avignon le roy d'Angleterre, grant contencion

fu meue entre les gens du cardinal de Pierregort et les gens du conte

d'Aucerre, lequel estoit de la famille monseigneur le duc de Normendie,

en tant qu'il y ot sept personnes tuées et aucuns de ceux qui estoient

de la partie dudit cardinal. Et tant en força la sédicion, que le duc

commenda que toutes ses gens s'armassent; mais ladite sédicion fu tost

et hastivement par le pape apaisiée et pacifiée.

En celuy an, fu pris maistre Henri de Malestroit, clerc et diacre, et

frère jadis de monseigneur Geffroy de Malestroit, chevalier lequel

avoit esté décapité l'an derennièrement passé. Yceluy Henri avoit esté

en office du roy que l'en dit seigneur des requestes de l'hostel le

roy; mais après la mort de son frère, il s'en ala au roy d'Angleterre

et estoit son adhérent contre nostre seigneur le roy de France, en tant

que en la ville de Vannes en Bretaigne il se portoit comme capitaine

pour la partie du roy d'Angleterre. Lequel fu pris des François et

amené à Paris hastivement. Et quant il fu mis en prison, à la parfin

il pria à grant instance que il fust mené devant le roy, et il luy

diroit merveille et s'excuseroit loiaument de ce que l'en luy imposoit.

Adoncques puis qu'il fu présenté au roy et l'en ot escouté et oï

paciamment tout ce qu'il avoit voulu dire, noient moins il fu envoié en

prison à la maison du Temple là où il avoit esté paravant et dont l'en

l'avoit amené. Et quant il ot demouré un petit temps, à la parfin au

moys d'aoust il fu mis hors de prison, en cote et sans chaperon, lié

par le cou et par les mains et par les piés de chaiennes de fer, et

assis en un tomberel sus un bois grant et large, mis de travers afin

que tous le peussent véoir, et ainsi fu pourmené par la ville de Paris,

dès le Temple jusques au parvis devant l'églyse de Nostre-Dame, et là

fu baillié et laissié à l'évesque de Paris. Après ces choses, par vertu

d'une commission du pape empêtrée par le roy qui moult s'efforçoit que

ledit Henri fust dégradé de l'ordre de diacre et de tout autre ordre,

il fu mis, par le jugement de l'églyse, en eschielle, et monstré à

tout le peuple par trois fois, en laquelle eschielle il souffrist et

soustint pluseurs reproches, blasphèmes et vitupères très grans et

vilains, tant pour l'orde boe que l'en luy gettoit, comme par autres

choses puantes qui luy estoient gettées par les menistres du diable,

les sergens du Chastelet qui estoient présens, et espécialement en ce

qu'il fu navré jusques au sanc d'une pierre que l'en luy getta, contre

la deffense des commissaires et de l'official de Paris; lesquels, sus

peine d'escommeniement, avoient fait crier que, contre ledit Henri

mis en l'eschielle, nul ne gettast plus d'une fois. Et iceulx trois

jours accomplis, assez tost après il mourut[543], et selon ce qu'il

est acoustumé, il fu mis tout mort au parvis; et finablement, afin que

pluseurs le véissent, il fu porté au palais[544].

[Note 543: _Il mourut._ Continuation françoise de Nangis: _Mourut en

prison en oubliance._]

[Note 544: _Au palais._ Continuation françoise de Nangis: _A la porte

du palais._--Cette mort du diacre Henry de Malestroit prouve assez que

la haine des prétentions de l'Angleterre étoit déjà bien enracinée,

bien populaire en France. Villaret et Sismondi se sont donc trompés en

soutenant, le premier, qu'on ignoroit la cause de tant d'exécutions; le

second, qu'on étoit en France généralement indifférent aux intérêts de

l'un ou de l'autre des deux rois.]

Après ces choses, le roy d'Angleterre envoia messagers à la court de

Rome, en soy complaignant du roy de France; et disoit qu'il ne gardoit

mie raisonnablement les trieves mises entre eux, meismement pour la

mort de monseigneur Geffroy de Malestroit, chevalier, et d'autres mis à

mort, à Paris, par le roy de France[545].

[Note 545: Edouard auroit voulu que ses partisans avoués fussent

considérés en France comme il considéroit lui-même les barons demeurés

fidèles à Philippe de Valois qui tomboient entre ses mains. On sent que

cela ne devoit pas être, et que le roy de France ne pouvoit laisser

impunis dans son royaume ceux qui l'abandonnoient après dix ans de

souveraineté incontestée.]

Le mardi dix-huitiesme jour de janvier, Phelippe[546], fils du roy de

France, estant âgé de dix ans, prist à femme madame Blanche, fille de

Charles roy de France, qui estoit trespassé derrenièrement; estant

ladite Blanche en aage de dix-huit ans. Et fu faite très grant feste

à Paris au palais le roy, présente madame la royne Jehanne, mère de

ladite espouse, à tout grant compaignie de nobles. Et l'endemain de

ladite feste, la compaignie des nobles dessus dis firent joustes

et grant appareil, esquelles joutes monseigneur Raoul conte d'Eu,

connestable de France, fu mis à mort et occis de un cop de lance.

[Note 546: _Phelippe._ Continuation françoise de Nangis: _Duc

d'Orléans._]

[547] Le dernier jour de février furent conjonction des trois planètes

plus hautes, c'est assavoir de Mars, de Jupiter et de Saturne; et

selon le jugement des sages astronomes qui pour le temps demouroient à

Paris, ladite conjonction, selon leur dit, valoit trois conjonctions,

c'est assavoir conjonction grant, très grant et moienne, et ne povoit

à venir que en........... [548] du moins; et pour ce, elle demonstroit

et ségnéfioit choses grans et merveilleuses et qui n'aviennent que trop

pou et tart, si comme sont mutations de lois, de siècles, de royaumes,

et avènemens de prophètes. Et doivent avenir ces choses espécialement

vers les parties de Jhérusalem et de Surie.

[Note 547: Ce paragraphe est inédit.]

[Note 548: Ce membre de phrase est entièrement omis ou transcrit avec

cette lacune dans les manuscrits.]

En celui an, le roy d'Arragon prist le roy de Maillorgues et luy osta

son royaume pour ce qu'il ne luy vouloit faire hommage.

Les grandes chroniques de France (5/6) selon que elles sont conservées en l'Eglise de Saint-Denis en France · 第 264 / 290 题