I.

_Coment Phelippe, conte de Valois ot le gouvernement du royaume, et de

son coronnement._

Après la mort du roy Charles-le-Bel, qui avoit laissiée la royne

Jehanne sa femme grosse, furent assemblés les barons et les nobles à

traitier du gouvernement du royaume. Car comme la royne fust grosse et

l'en ne sceust quel enfant elle devoit avoir, si n'i avoit celui qui

osast à soy appliquier le nom de roy: mais seulement estoit question

auquiel tant comme plus prochain devroit estre commis le gouvernement

du royaume[380]. Si fu délibéré que audit Phelippe appartenoit

ledit gouvernement, lequiel estoit cousin du roy Charles et fils de

monseigneur Charles de France, jadis conte de Valois, secont frère

germain de père et de mère du roy Phelippe-le-Bel. Lequiel Phelippe ot

le gouvernement du royaume depuis la mort dudit roy Charles jusques au

vendredi aouré que ladite royne Jehanne enfanta une fille. Et pour ce

que une fille ne hérite pas au royaume, luy vint ledit royaume et en fu

coronné par raison; combien que le roy d'Angleterre et autres ennemis

du royaume tenissent, contre raisonnable opinion, que le royaume

appartenist mieux audit Anglois comme neveu du roy Charles, fils de sa

suer, que audit roy Phelippe qui ne luy estoit que cousin germain.

[Note 380: Le manuscrit 218, Suppl. franç., porte ici: «Et pour ce que

aucuns disoient, meismement li Anglois, que à leur roy appartenoit

de droit et de raison le royaume de France, comme au neveu et plus

prochain qui fil estoit de Ysabel jadis fille du biau Phelippe, li

François disant au contraire que fame nè par conséquent son fil ne

povoit par coustume succéder el roiaume de France; pour tout ce trouble

oster, li barons baillèrent comme au plus prochain le gouvernement du

roiaume à monseigneur Phelippe, conte de Valois... jusques à tant que

l'en seust quel enfant la royne aroit.»--(Voyez les autres variantes à

la fin de ce volume.)]

Environ ce temps, Pierre Remy, principal trésorier du roy Charles

derrenier mort, fu accusé qu'il n'avoit pas bien loalment dispensé né

administré les biens du royaume, si comme pluseurs nobles et non nobles

l'affermoient; et disoient que la valeur de ses biens montoit à plus

de deux cens mille livres. Si fu ledit Pierre requis de rendre compte,

lequiel ne sceut pas bien rendre compte de ce que l'en luy demandoit,

si fu jugié à estre pendu. Lequiel Pierre, quant il fu emprès le gibet,

il confessa qu'il estoit traitre en Gascoigne encontre le roy; pour

laquielle cause il fu traisné, et puis pendu au gibet qu'il avoit fait

faire tout le premier, le jour de la saint Marc évangéliste, l'an mil

trois cens vint-huit, jasoit ce qu'il eust esté pris l'an mil trois

cent vint-six.

Item, le premier jour d'avril, qui fu le vendredi aouré, la royne

Jehanne d'Evreux ot une fille au bois de Vincennes appelée Blanche.

Depuis Phelippe, conte de Valois, appellé régent, fu nommé roy: dont il

appert clèrement que la droite ligne des roys de France fu translatée

en ligne transversale, c'est assavoir de germain en germain.

Les grandes chroniques de France (5/6) selon que elles sont conservées en l'Eglise de Saint-Denis en France · 第 216 / 290 题