ANNÉE 1322

_Coment le roy Charles fu départi de sa femme pour cause de fillolage,

et après espousa Marie fille Henri jadis empereur de Rome._

Après la mort du roy Phelippe-le-Lonc régna sur les François

Charles-le-Bel son frère. Au commencement de son royaume[331], il

escripvit au pape comme pour cause de cognacion espirituelle, laquelle

estoit entre luy et Blanche sa femme fille de Mahaut contesse d'Artois;

laquielle contesse mère de la devant dite Blanche avoit levé et tenu

sus fons le roy Charles; et ainsi, selon les drois canons, le mariage

estoit nul, meismement que dispensacion n'avoit pas esté faite né

requise au Saint Père qu'il luy pleust à pourveoir de remède compétent

et convenable. Laquielle chose quant le pape l'ot entendue, il commist

à l'évesque de Paris, à l'évesque de Biauvais et à messire Geffroy

du Plessié prothonotoire de la court de Rome, qu'il enquéissent

diligeamment de la vérité, et ce qu'il auroient trouvé dénonçassent et

féissent savoir à la court de Rome.

[Note 331: _Royaume_. Règne.]

L'an de grace mil trois cent vingt deux, la veille de l'Ascencion, le

pape diligeamment informé que la dite contesse d'Artois, mère de la

dite Blanche, avoit levé des sains fons le roy Charles, pour quoy entre

luy et sa ligniée il avoit cognacion espirituelle, donna sentence que

au cas que dispensacion n'eust esté donnée du Saint Père, le mariage de

Charles et de Blanche estoit nul. Si donna congié au roy qu'il peust

prendre autre femme.

[332]En cel an, environ la Chandeleur, le conte de Nevers fu délivré

de prison. Lequiel comme il fust venu à Paris, acoucha de une grief

maladie qui fu causée, si comme aucuns dient, en la prison où il

fu mis, et de celle maladie il mourut; puis fu enterré aux frères

Meneurs l'endemain de la Magdelaine.[333] Et ainsi la contesse sa

femme retourna à son héritage, c'est assavoir la conté de Restel, de

laquielle conté le dit conte en son vivant ne vouloit que elle en joït,

combien que le roy luy eust assignée pour porcion; et avec ce deust

avoir la moitié de la conté de Nevers pour son douaire.

[Note 332: Inédit.]

[Note 333: La fin de cet alinéa n'est pas dans la continuation de

Nangis, et diffère dans beaucoup de leçons françoises: «Et lors sa

femme tourna en son héritaige de Réthel, et pour son douaire deust

avoir la conté de Nevers. De la mort du conte fu dit par créance que

l'en luy eust donné en sa prison quelque chose par quoi sa mort fu

avancée. Car il pensoient bien qu'il estoit de tele conscience que sé

il eust longuement vescu, il n'eust tenu envers son père né envers ceux

qui tenu l'avoient, nules convenances, combien qu'il les eust jurées.»

(Msc. de Sorbonne, nº 426.)]

[334]En cest meisme temps, le roy Charles prist à femme la seur au roy

de Boesme, jadis fille de l'empereur Henry et conte de Lucembourg,

à Prouvins le jour de la feste saint Mathieu apostre, en septembre.

(Et de là, il vindrent à Paris, le jour de la feste des Reliques,

qui est le derrenier jour de septembre où la feste fu célébrée très

solempnellement. Et vindrent ceux de Paris jusques à Saint-Denis,

encontre la royne, à cheval et à pié, à moult nobles paremens.)

[Note 334: Inédit.]

[335]En ce meisme jour trespassa Giraut Guete, né de Clermont en

Auvergne, qui, par sa soutilleté et malice estoit venu de petit estat

en si grant qu'il fu trésorier de Phelippe-le-Long. Mais commune

renommée estoit que trop présumptueux estoit en oubliant son premier

estat, et en faisant assés de molestes, griefs et inconvéniens au

peuple et aux nobles honmmes. Dont le roy Charles, qui vit son trésor

comme tout vuit;--car meismement comme son frère eust receu les

diziesmes n'avoit guères, et pou avoit despendu et riens payé des grans

deniers,--fist arrester ledit Giraut et fist faire enqueste sur luy.

Laquelle trouvée, il fu condempné à paier treize cent mil livres sans

l'amende arbitraire; et avec tout ce, pour mieux savoir la vérité dudit

trésor et des griefs que fais avoit, il fu mis en gehennes diverses, si

comme l'en dit, dont il chéi en fièvre continue et morut en prison au

Louvre, et fut enterré en l'Ostel-Dieu de la Magdelaine, povrement, du

commandement du rov qui dist que ceux qui meurent en prison royale ne

doivent estre enterrés solempnellement, pourquoi il appert que à tort

aient esté pris ou emprisonnés.

[Note 335: Inédit.]

Assez tost après Robert le conte de Flandres mourut; et Loys fils

du conte de Nevers qui avoit espousée et prise à femme la fille au

roy Phelippe derrenièrement trespassé, de la volenté des communes de

Flandres, lesquielles communes avoient juré que il n'auroient autre

seigneur, fu fait et establi conte de Flandres; non obstant que Robert

fils du conte de Flandres et frère au conte de Nevers eust occupé

les chastiaux et les forteresces de Flandres, par l'aide du conte de

Namur, en alant encontre son serement qu'il avoit fait et promis au

roy, quant il[336] maria sa fille à l'ainsné fils son frère le conte

de Nevers. Si fu le serement tel et la promesse que se le conte de

Nevers mouroit avant son père le conte de Flandres, que la conté de

Flandres venroit à Loys son fils, après la mort du conte de Flandres,

et non pas à son frère Robert. Ceste convenance jura à tenir le dit

Robert et l'approuva, et renonça à tout le droit qu'il povoit jamais

avoir en l'éritage de la conté de Flandres[337]. Et, pour ce, après

la mort au conte de Flandres les Flamens ne vouldrent autre accepter

que Loys, fils au devant dit conte de Nevers; ainsois mandèrent au roy

et segnefièrent que s'il prenoit et recevoit autre à hommage, que le

dit Loys fust certain qu'il prendroient par devers eux le gouvernement

de la conté de Flandres. Et, pour ce, pristrent les Flamens le conte

de Namur qui le dit Robert soustenoit comme son oncle, et le mistrent

en prison. Lequiel Robert quant il vit que les Flamens orent mis le

conte de Namur en prison, s'en vint en France pour ce qu'il n'osoit

pas bonnement demourer au pays. Puis fist[338] le dit Loys hommage au

roy de la conté de Flandres; mais Mahieu frère le duc de Lorraine,

qui avoit à femme la suer du conte trespassé, laquielle n'avoit pas

renoncié à son droit et devoit succéder comme hoir plus prochain à son

père, si comme elle disoit, s'opposa en toutes manières; pour quoy le

roy ne voult accepter l'hommage du conte; ainsois luy fist inhibicion

qu'il ne se portast pour conte né receust aucuns hommages jusques à

tant que sentence fu donnée sur les choses dessus dites.

[Note 336: _Il_. Le roy. Philippe-le-Long.]

[Note 337: La continuation de Nangis ne reproduit pas le reste du

chapitre.]

[Note 338: _Puis fist_. Celle phrase est moins exacte ici que dans les

autres leçons. «Et Loys, combien que il fust petit et jeune enfant,

offri au roy de France hommage, etc.» (Msc. 9650.--Nos historiens

modernes n'ont pas su mettre tous ces détails à profit.)]

Au derrenier, mandèrent les communes de Flandres au dit Loys qu'il

venist seulement à eux, et il seroit receu comme le seigneur; laquielle

chose il fist et vint à eux. Lesquiels le reçurent comme conte à grant

honneur: et combien qu'il le refusast, ce sembloit, reçut-il les

hommages des barons de Flandres, et premièrement du conte de Namur;

puis le[339] délivra de la prison aux Flamens qui pris l'avoient, si

comme il est devant dit[340].

[Note 339: _Le_. Le comte de Namur.]

[Note 340: J'ai suivi pour tout ce chapitre la leçon beaucoup plus

nette et plus étendue du msc. de Charles V, nº 8395. Quant aux

éditions précédentes des _Chroniques de Saint-Denis_, elles l'ont

complètement omis.]

Les grandes chroniques de France (5/6) selon que elles sont conservées en l'Eglise de Saint-Denis en France · 第 195 / 290 题