V.

_De la paix qui fu faite entre le roy Phelippe et le conte de Flandres._

En l'an de grace mil trois cent et vingt, à l'instance d'un cardinal

vint le conte de Flandres à Paris[318]; (et tant fu fait par le conseil

du cardinal et des amis au conte, qu'il fist hommage au roy. Lors

tous supposèrent que la paix fu confermée, car il ne sembloit pas que

l'homme guerroiast son seigneur, né le sire son homme): et furent là

les procureurs des communes de Flandres qui avoient povoir de confirmer

la paix. Mais un malicieux advocat qui avoit non Baudoyn, et avoit

tous les jours trouvé poins pour le conte tenir en sa rébellion, si

fu au faire la procuracion des dites communes, et y fist mettre un

point, que les dis procureurs féissent telle paix au roy comme le conte

feroit. Et pour ce sembloit qu'il ne povoient confermer la paix sé le

conte ne la confermoit. Or avint que fu assignée journée à confermer

les poins de la paix: mais le conte dit qu'il ne feroit riens sé on ne

luy rendoit Lille et Béthune et Douay; ce que Enguerran de Marigny,

procureur son père, luy avoit dit et promis. Car quant l'acort fu fait

entre le père le roy et le conte, il luy devoit assigner douze mille

livres de rente dedens le royaume; et pour ce qu'il ne le fist pas,

le roy reçut ces trois villes. Enguerran y fu envoié et conseilla au

conte que il les quittast au roy pour la dite rente; et il luy donna

espérance que il pourchaceroit envers le roy que il luy rendrait assez

tost de grace especial. Et adonc cil le crut et furent lettres faites

de la quittance en telle condicion que elles ne seroient bailliées

au roy tant qu'il ne auroit faite la dite grace. Enguerran s'en

retourna au roy et luy bailla les lettres sans luy faire mencion de

la grace, et tint le roy ces villes comme seues propres. Pour ce, ne

luy vouloit le conte accorder nulle paix devant que il les réust, et

le roy Phelippe[319] fu courroucié et dist[320] qu'il n'auroit jamais

les dites villes. Si le fist ainsi jurer à son oncle et à son frère.

Et ce jour meisme le conte de Flandres se parti de Paris et se hasta

d'aler, avant que le temps d'aler fausist. Les procureurs des villes

envoièrent après, et luy fu dit que il ne se partiroient de Paris tant

qu'il eussent fait ferme paix au roy, et qu'il n'avoient chose vu

leur procuracion qui l'empeschast, et qu'il savoient bien l'intencion

de ceux qui les avoient envoiés; et que s'il retournoient sans riens

faire, il n'avoient teste où il peussent mettre leur chaperons. Quant

le conte oï ce, si sot bien sé les villes ne luy aidoient que il seroit

tantost déshérité; si s'en revint à Paris, et fu la paix confermée et

le mariage fait de la fille au roy et du fils au conte de Nevers.

[Note 318: _A Paris_. Variante du manuscrit 218: «Avec sa fille, une

sage dame qui fame avoit esté du seigneur de Courcy.»--La suite de ce

chapitre est conforme, non pas à la continuation de Nangis, mais à la

chronique inédite de Saint-Victor déjà citée, et conservée sous le

nº 306.]

[Note 319: _Phelippe_. Philippe-le-Long.]

[Note 320: _Et dist_. Variante du manuscrit 218: «Et jura l'ame son

père que jamais le conte ne tendroit la seignorie desdites villes.»]

Les grandes chroniques de France (5/6) selon que elles sont conservées en l'Eglise de Saint-Denis en France · 第 188 / 290 题