_Des mariages des filles au roy de France._
En l'an mil trois cent dix sept, Phelippe le nouvel roy changea le
mariage qui estoit pourparlé de la fille au conte d'Evreux et du fils
au conte de Nevers, et voult qu'il préist une de ses filles, et si
fist-il. Et le roy requéroit vers les Flamens que les condicions de
leur pais fussent confirmées: mais les Flamens se descordoient en
pluseurs poins, pour quoy on ala au pape pour les acorder. Mais les
messages aux Flamens disoient qu'il n'avoient pas povoir de riens
acorder, mais de raporter: et pour ce le pape y envoia l'archevesque de
Bourges et le maistre des Prescheurs auxquiels les Flamens respondirent
que il feroient le dit au pape, mais qu'il eussent seurté que le roy
les tenist. Moult de seurtés leur furent offertes, mais nulles ne leur
en souffisoient. Et quant il fu raporté au pape, il leur manda que les
seurtés estoient souffisantes et que il les presissent; ce qu'il ne
vouldrent faire, pour quoy la terre demoura entredite[307].
[Note 307: _Entredite_. La continuation de Nangis dit seulement que
l'affaire ne put être alors conclue.]
Et en l'année devant, le onziesme jour de septembre, à heure de
vespres, fu très grant mouvement de terre qui trembla par plus de cinq
lieues d'espace.
Et en cest an, fu acort entre le roy et le duc de Bourgoigne qui
prist à femme l'ainsnée fille[308] le roy qui n'avoit point de fils.
La seconde fille fu fiancée au jeune enfant le dauphin de Vienne; la
tierce devoit estre donnée au jeune enfant le roy d'Espagne, mais on
la donna au conte de Nevers; la quarte mist la royne à Loncchamp,
cordelière: et les trièves des Flamens furent proloigniées de Pasques
en un an après.
[Note 308: _L'ainsnée fille_. Jeanne.--_La troisième fille_, et non la
seconde, fut Isabelle, mariée au dauphin Guigues VIII, en 1320.--_La
seconde_ fut Marguerite, mariée à Louis d'abord, conte de Nevers, puis
au conte de Flandres.--_La quatrième_ fut Blanche.]
Et pour certain, en cest an fu le roy Phelippe-le-Lonc moult prié des
amis Enguerran de Marigni que il leur voulsist donner le corps du dit
Enguerran qui avoit esté pendu, et qu'il le peussent mettre en terre
benoicte. Laquielle chose le roy leur acorda: lors le firent ses amis
oster du gibet, et le firent enterrer[309] au milieu du cuer des
Chartreux à Paris, avec Phelippe son frère archevesque de Sens; et sont
tous deux sous une pierre.
[Note 309: _Firent enterrer_. Manuscrit 218, suppl. franç. «Fu
enterré à Valvert, chiés les frères de Chartrousse.» De là seulement,
peut-être, la renommée _du grand diable de Vauvert_.]
Et en ce meisme an, en Italie, environ la fin de la conté de Milan
sourdirent hérites[310] de grant puissance, c'est assavoir: Mahieu le
visconte de Milan[311] et ses fils; avec luy Galeace, Marc, Lucin,
Jehan et Estienne; lesquiels troubloient moult saincte églyse. Contre
lesquiels inquisicion fu faite; et furent trouvés hérites manifestement
et comme hérites furent condampnés. Dont il avint que souvent il
pristrent les messages du pape et les batirent et mistrent en prison
et les despouillièrent, et despecièrent les lettres du pape, et si
robèrent pluseurs églyses et en mettoient ceux à qui elles estoient
hors, et si en tuèrent pluseurs; évesques et abbés boutèrent hors de
leur propres lieux et les envoièrent en essil, et moult d'autres maux
firent. Et par le dit Mahieu fu entredit aux personnes de l'églyse
sennes, conseils[312], chapitres, visitacions, prédications; et si
abusa le dit Mahieu de pluseurs pucelles, et depuis par force les
mist en églyses; et viola par force pluseurs nonnains; et si nioit la
résurrection, ou il en faisoit doubte. Son aieul et son aieule furent
hérites, et, avec eux, la Mainfrede qui estoit du lignage au dit Mahieu
de par sa mère, tenoit le Saint-Esprit avoir pris char humaine; si
furent ars tout en feu.
[Note 310: _Hérites_. Hérétiques.]
[Note 311: _Le visconte_. «Mathæus de comitibus Mediolanensis, et ejus
filiu Galeacius, Marchus, Luchinus.» Il faudrolt, je crois, _Filii_.
Maffeo Visconti, car tel est son véritable et illustre nom, avoit en
effet quatre fil».]
[Note 312: _Sennes, conseils_. «Synodos, concilia, capitula, etc.»]
Et en ce temps, le pape fist moult de procès contre les devant nommés
hérites, et geta moult de sentences contre eux, et donna grans
indulgences à tous ceux quiiroient à bataille contre eux. En environ ce
temps Loys de Bavière qui avoit esté couronné en roy des Romains s'en
entra en Italie, et avec les devant dis hérites s'acompaigna.