LXXVII.

_De la mort Marguerite femme le roy de Navarre._

En cest an vraiement, la veille de l'Ascension dessus dite derrenier

jour d'avril, fu morte Marguerite jadis folle et diffamée royne de

Navarre qui au chastel de Gaillart en Normendie estoit emprisonnée, et

à Vernon en l'églyse des frères Meneurs fu enterrée[297].

[Note 297: La continuation de Nangis ajoute: «Blancha verò carcere

remanens, à serviente quodam ejus custodiæ deputato dicebatur

impregnata fuisse quum à proprio comite diceretur vel ab aliis

impregnata.» La _Chronique métrique_, après avoir longuement parlé du

profond repentir de ces deux princesses, ajoute que la reine de Navarre

_mourut de maladie_. Je ne sais sur quelle autorité tous nos historiens

modernes ont répété que Louis X _l'avoit fait étrangler_, et je ne vois

aucune pièce à l'appui de cette allégation dont Pap. Masson semble

l'inventeur. M. Michelet a même été plus loin en donnant aux lignes

latines que je viens de citer une interprétation purement imaginaire.

(Voyez t. 3, p. 215).]

Et en ce meisme an, Pierre de Latilly, évesque de Chaalons,

lequel estoit souspeçonné de la mort Phelippe-le-Biau et de son

prédécesseur[298], à l'instance de l'arcevesque de Rains, du mandement

du roy, fu détenu en prison.

[Note 298: _De son prédécesseur_. L'évêque de Châlons.]

Et en ce meisme tems, Raoul de Praeles, lequel estoit ainsi comme

principal advocat en parlement du roy, fu mis à Saincte-Geneviève tant

comme coupable et souppeçonné de la mort devant dite. Mais après moult

de paines et de tormens qu'il ot souffert, ne pot-on riens traire de sa

bouche fors que bien, si fu franchement laissié aler, et ot moult de

ses biens gastés et perdus.

Et en ce tems, Huguelin le duc de Bourgoigne et frère de Marguerite

royne fu mort, auquel son frère succéda en la duchiée.

Et en ce meisme tems, environ l'Ascension, messire Loys jadis conte de

Nevers et de Rethel, et Jehan de Namur vindrent en France et furent de

rechief receus en la grace du roy, et furent rendus au dit conte ses

deux contés desquelles il avoit esté privé par avant.

Et en cest an, l'abbé de Cistiaux et les procureurs de Robert conte

de Flandres se comparurent à Paris devant le roy pour excuser le dit

conte, jasoit ce qu'il eust esté semons personnelment, pour confirmer

la paix qui avoit esté l'an devant pourparlée; si l'excusoient en telle

manière et disoient: que bonnement il n'y pooit venir pour la foiblesse

de son corps; et si luy couroient sus aucuns de ses anemis. Lesquelles

excusacions furent réputées pour frivoles; et une pièce de tems après,

c'est assavoir la veille de la Sainct-Pierre et Sainct-Pol apostres,

furent le dit conte et les Flamens réputés pour contumaux et rebelles.

Et en ice tems, le samedi devant la Sainct-Jehan, trois femmes qui

portoient poisons, et par les quelles l'évesque de Chaalons, devancier

de Pierre de Latilly, avoit esté empoisonné, furent arses en une petite

isle qui est devant les Augustins.

Et en ce tems, Jehan le fils messire Guillaume de Flandres espousa la

fille du conte de Sainct-Pol.

Et en ce tems il fu moult grant deffaute de vin en France.

_Ci fenist l'ystoire le roy Phelippe-le-Biau._

Les grandes chroniques de France (5/6) selon que elles sont conservées en l'Eglise de Saint-Denis en France · 第 170 / 290 题