LXIII.

_Des Templiers qui furent pris par tout le royaume de France._

En cest an ensement, tous les Templiers du royaume de France, du

commandement de celui meisme roy de France Phelippe-le-Bel, et de

l'ottroi et assentement du souverain évesque pape Climent, le jour d'un

vendredi après la feste saint Denis, ainsi comme sus le mouvement d'une

heure[229], souppeçonnés de détestables et horribles et diffamables

crimes, furent pris par tout le royaume de France, et en diverses

prisons mis et emprisonnés.

[Note 229: «Quasi sub ejusdem horæ momento.»]

Et en cest an, Charles le mainsné fils Phelippe le roy de France,

qui puis fu conte de la Marche, Blanche l'autre fille du conte de

Bourgoigne espousa.

L'an de grace mil trois cent et sept dessus dit ensuivant, le roy

de France Phelippe se parti environ la Penthecouste pour aler à

Poitiers parler au pape et aux cardinals: et là furent moult de choses

ordenées par le pape et par le roy, et especiaument de la prise des

Templiers. Et manda le pape aux maistres de l'Ospital et du Temple qui

souverains estoient en la terre d'Oultre-mer, expressement, qu'il se

comparussent personnellement à certain temps à Poitiers devant luy.

Lequiel mandement le maistre du Temple accompli: mais le maistre de

l'Ospital fu empeschié en l'isle de Rodes des Sarrasins, si ne pot

venir au terme qui luy estoit mandé; mais il envoia certains messages

pour luy excuser. Si avint assez tost après que la dite isle de Rodes

fu recouvrée, et adonc le maistre de l'Ospital vint à Poitiers parler

au pape.

Et en ce meisme an, maistre Bernart de Saint-Denis, docteur en

théologie, lequel fu moult en son temps en France rénommé et estoit

évesque d'Orliens, trespassa.

Et en ce meisme an, Loys dit Hutin, ainsné fils du roy de France et

roy de Navarre, quant il vint à sa cognoissance que un chevalier que

on appeloit Fortin, le quiel il avoit institué et ordené garde de

son royaume, luy voulsist oster et usurper frauduleusement son dit

royaume de Navarre; si assembla une belle compagnie de nobles hommes

et puissans entre lesquels furent le conte de Bouloigne et messire

Gauchier de Chastillon, connestable de France, et s'en ala en Navarre

et y arriva au moys de juillet, et là fit tant avec sa compagnie

que le dit Fortin et tous ses aliés il mit en subjection; et visita

son royaume et appaisa. Depuis s'en vint à Pampelune et là se fist

couronner en roy de Navarre. Et en cest an Katherine, seconde femme

Charles conte de Valois et héritière de l'empire de Constantinople,

trespassa le jeudi après la feste monseigneur Saint-Denis, et fu

enterrée aux frères Prescheurs à Paris; auquel enterrement le roy

de France et les nobles furent présens, et le maistre du Temple

d'Oultre-mer, le quiel aidoit à porter le corps en terre avec les

autres nobles.

Et en ce meisme an, au moys de janvier, Edouart le roy d'Angleterre

prist à femme la fille au roy Phelippe, laquielle avoit non Ysabel, et

estoit en l'aage de douze ans ou environ; et n'avoit plus le dit roy

de France de filles. Et la convoia le roy et ses fils avec les barons

jusques à Bouloigne sur la mer; et d'ilec jusques en Angleterre des

nobles de France fu convoiée, et avant que il partissent, elle fu en

royne d'Angleterre couronnée.

Et cest an, Marguerite royne de Secile, de très noble et très

honnorable renommée, et jadis femme du premier Charles roy de Secile,

frère du roy saint Loys, trespassa.

Et en ce meisme an, Jehan de Namur, fils Gui jadis conte de Flandres,

prist à femme la fille Robert, conte de Clermont.

Les grandes chroniques de France (5/6) selon que elles sont conservées en l'Eglise de Saint-Denis en France · 第 150 / 290 题