_Coment le soudan de Babiloine sousmit à luy toute la Saincte Terre._
Et aussi en icest an, le Soudan de Babiloine, quant il ot repris son
pooir et rassemblée sa gent, les Sarrasins, les Crestiens et les
Hermines[161] du royaume de Jhérusalem et de Surie enchaça par force,
et la terre sousmist en sa seigneurie[162].
[Note 161: _Hermines_. Arméniens.]
[Note 162: Ici s'arrête la chronique de Guillaume de Nangis dont les
continuations sont anonymes. Nous indiquerons, par des parenthèses ou
par autant de notes, les passages de notre texte qu'on ne retrouve pas
dans ces continuations latines publiées par Achery, _Spicilege_, tome
III, in-folio, page 54 et suivantes.--Ainsi, la fin de ce chapitre
semble appartenir en propre au chroniqueur françois de Saint-Denis;
et l'on pourroit assez bien démontrer combien on avoit peu l'habitude
de consulter ce fameux travail en rappelant que la légende du Juif de
Magdebourg a dérouté l'attention si multiple de M. Francisque Michel,
quand dans son introduction aux ballades d'_Hugues de Lincoln_ il
entreprit de citer toutes les histoires analogues, racontées par les
écrivains du moyen-âge.]
En icelui an meisme, le jour du vendredi aouré, les Juis de la province
de Madaburges firent tant par dons et par promesses par devers une
nourrice, que elle leur livra un petit enfant de l'aage de deux ans
et demi ou environ, à faire leur volenté; et estoit le dit enfant
fils d'un chevalier puissant homme. Quant les Juis orent le petit
enfant receu de la dite nourrice pour en faire leur volenté, si le
crucifièrent et le firent mourir. Quant le père sot la mort de son
enfant, si fu moult courroucié et fist semondre tous ses amis, pour
vengier la mort de son fils: dont il avint que le dit chevalier sot
que les Juis estoient assemblés: si s'en ala par nuit où il estoient
à toute sa compaignie, et fist garder que nul n'en eschapast de tous
ceux qui estoient assembles, et tantost fist mettre le feu en toutes
les maisons là où il estoient assemblés, et ilec furent ars trois cens
Juis ou environ, et aucuns Crestiens avec eux, les quiex il tenoient
prisonniers en leur maisons pour debtes. Si avint que le prince de
celle région sot que l'en avoit ainsi ars les Juis et aucuns Crestiens,
si en fu courroucié, et condamna le dit chevalier père du dit enfant et
tous ceux qui participans avoient esté de la mort des Juis, par certain
tems à estre essilliés et povres et vivre d'aumosnes.