XXXVII.

_Coment le soudan de Babiloine sousmit à luy toute la Saincte Terre._

Et aussi en icest an, le Soudan de Babiloine, quant il ot repris son

pooir et rassemblée sa gent, les Sarrasins, les Crestiens et les

Hermines[161] du royaume de Jhérusalem et de Surie enchaça par force,

et la terre sousmist en sa seigneurie[162].

[Note 161: _Hermines_. Arméniens.]

[Note 162: Ici s'arrête la chronique de Guillaume de Nangis dont les

continuations sont anonymes. Nous indiquerons, par des parenthèses ou

par autant de notes, les passages de notre texte qu'on ne retrouve pas

dans ces continuations latines publiées par Achery, _Spicilege_, tome

III, in-folio, page 54 et suivantes.--Ainsi, la fin de ce chapitre

semble appartenir en propre au chroniqueur françois de Saint-Denis;

et l'on pourroit assez bien démontrer combien on avoit peu l'habitude

de consulter ce fameux travail en rappelant que la légende du Juif de

Magdebourg a dérouté l'attention si multiple de M. Francisque Michel,

quand dans son introduction aux ballades d'_Hugues de Lincoln_ il

entreprit de citer toutes les histoires analogues, racontées par les

écrivains du moyen-âge.]

En icelui an meisme, le jour du vendredi aouré, les Juis de la province

de Madaburges firent tant par dons et par promesses par devers une

nourrice, que elle leur livra un petit enfant de l'aage de deux ans

et demi ou environ, à faire leur volenté; et estoit le dit enfant

fils d'un chevalier puissant homme. Quant les Juis orent le petit

enfant receu de la dite nourrice pour en faire leur volenté, si le

crucifièrent et le firent mourir. Quant le père sot la mort de son

enfant, si fu moult courroucié et fist semondre tous ses amis, pour

vengier la mort de son fils: dont il avint que le dit chevalier sot

que les Juis estoient assemblés: si s'en ala par nuit où il estoient

à toute sa compaignie, et fist garder que nul n'en eschapast de tous

ceux qui estoient assembles, et tantost fist mettre le feu en toutes

les maisons là où il estoient assemblés, et ilec furent ars trois cens

Juis ou environ, et aucuns Crestiens avec eux, les quiex il tenoient

prisonniers en leur maisons pour debtes. Si avint que le prince de

celle région sot que l'en avoit ainsi ars les Juis et aucuns Crestiens,

si en fu courroucié, et condamna le dit chevalier père du dit enfant et

tous ceux qui participans avoient esté de la mort des Juis, par certain

tems à estre essilliés et povres et vivre d'aumosnes.

Les grandes chroniques de France (5/6) selon que elles sont conservées en l'Eglise de Saint-Denis en France · 第 117 / 290 题