_Coment Robert conte d'Artois se combati à Furnes contre les Flamans._
En ce meisme temps, pape Boniface canonisa à Sienne la vieille[153]
le saint roy Loys de France. Et en icest an ensement, comme le roy
Phelippe-le-Biau fust devant Lille, Robert noble conte d'Artois laissa
Gascoigne à nobles et loyaux hommes du royaume de France, et lors vers
St-Omer, sa terre propre, se reçut et revint, et appella avec luy son
fils Phelippe avec grant plenté de chevaliers et nobles hommes. Lequel
conte Robert envahi Flandres de celle part. Contre lequel Guy conte
de Flandres envoia tant à cheval comme à pié grant multitude de gens
d'armes, et de costé la ville de Furnes se combatirent contre le conte
d'Artois. Lors ilec, les batailles ordenées de une part et d'autre fu
moult la bataille aspre et merveilleuse. Mais les Flamans, combien
que il fussent six cents à cheval, et seize mille à pié, de la gent
au conte d'Artois furent tous occis; car le gentil conte noblement se
prouva, si que moult, tant chevaliers comme escuiers, avec Guillaume de
Juillers, et Henri conte d'Aubemont furent pris. Lesquiels, conroiés
à Paris en charetes, et ailleurs par diverses prisons envoiés, à
la loenge et à la victoire de noble homme monsieur Robert conte
d'Artois, chevalier esmeré[154], avoient mis devant leur visage, la
banière et l'enseigne au bon conte. Et lors le conte d'Artois prist
la ville de Furnes l'endemain; et après ce, occupa Cassel avec toute
la vallée. Adonc endementiers ceux de Lille qui moult estoient grevés
et traveilliés de divers assaus de la gent au roy de France, comme
il véissent souventes fois leur murs rompre et quasser à pierres; né
Robert, l'ainsné fils au conte de Flandres qui avec eux estoit au
chastiau, n'osast contre les François issir à batailles, si firent
lors convenances au roy de France que de leur biens né de leur vies
ne fussent privés, né ne fussent sousmis né malmenés né maumis; et
sousmistrent eux et leur biens au roy de France. Mais Robert, qui pou
de chevaliers avoit, issi de la ville et à Bruges où son père estoit
tout oiseux se reçut. Adecertes, le roy d'Angleterre Edouart qui estoit
venu avec le conte de Flandres, fu déceu, si comme aucuns dient; car
pour certain il luy avoit mandé qu'il tenoit pris le conte Robert
d'Artois et Charles de Valois, le frère au roy de France; lesquiels il
devoit tenir à Bruges en prison, si comme il disoit, ou pour ce que
plus sauvement peust estre cru. Iceluy roy d'Angleterre estoit là venu
pour aidier le conte de Flandres en sa guerre. Et lors quant le roy de
France oï les nouvelles de l'advènement au roy d'Angleterre, si garni
Lille de sa gent et s'esmut pour aler vers le chastel de Courtray,
lequel dès maintenant il prist abandon: et d'ilec après se hasta pour
aler Bruges asseoir. Et endementiers, Edouart roy d'Angleterre et Gui
le conte de Flandres laissièrent Bruges, et avec leur gent alèrent à
Gant pour la forteresse du lieu, où il furent receus; de laquelle chose
ceux de Bruges furent espoventés, et au roy humbles et dévos coururent,
et eux et leur ville en sa puissance sousmistrent. En laquelle ville
le roy de France fist un pou son ost prendre récréation, et puis
prist isnelement son erre pour aler vers Gant. Mais si comme il s'en
alast ainsi à une petite vilete, luy vindrent messages de par le roy
d'Angleterre requerans trièves, auquel, pour cause de yver prochain, et
pour l'amour du roy de Secile, qui pour ce venoit en France, à paines,
jusques à deux ans, à luy et au conte de Flandres octroia trièves: et
lors, ce fait, environ la feste de Toussains, le noble roy de France
Phelippe-le-Biau retourna en France.
[Note 153: _Sienne la vieille_. C'est la leçon du nº 218; les autres
portent: _A sa vie_, et le latin: «Apud urbem veterem.» Orvieto.]
[Note 154: _Esmeré_. Eprouvé.]