XXII.

_Coment Robert conte d'Artois se combati à Furnes contre les Flamans._

En ce meisme temps, pape Boniface canonisa à Sienne la vieille[153]

le saint roy Loys de France. Et en icest an ensement, comme le roy

Phelippe-le-Biau fust devant Lille, Robert noble conte d'Artois laissa

Gascoigne à nobles et loyaux hommes du royaume de France, et lors vers

St-Omer, sa terre propre, se reçut et revint, et appella avec luy son

fils Phelippe avec grant plenté de chevaliers et nobles hommes. Lequel

conte Robert envahi Flandres de celle part. Contre lequel Guy conte

de Flandres envoia tant à cheval comme à pié grant multitude de gens

d'armes, et de costé la ville de Furnes se combatirent contre le conte

d'Artois. Lors ilec, les batailles ordenées de une part et d'autre fu

moult la bataille aspre et merveilleuse. Mais les Flamans, combien

que il fussent six cents à cheval, et seize mille à pié, de la gent

au conte d'Artois furent tous occis; car le gentil conte noblement se

prouva, si que moult, tant chevaliers comme escuiers, avec Guillaume de

Juillers, et Henri conte d'Aubemont furent pris. Lesquiels, conroiés

à Paris en charetes, et ailleurs par diverses prisons envoiés, à

la loenge et à la victoire de noble homme monsieur Robert conte

d'Artois, chevalier esmeré[154], avoient mis devant leur visage, la

banière et l'enseigne au bon conte. Et lors le conte d'Artois prist

la ville de Furnes l'endemain; et après ce, occupa Cassel avec toute

la vallée. Adonc endementiers ceux de Lille qui moult estoient grevés

et traveilliés de divers assaus de la gent au roy de France, comme

il véissent souventes fois leur murs rompre et quasser à pierres; né

Robert, l'ainsné fils au conte de Flandres qui avec eux estoit au

chastiau, n'osast contre les François issir à batailles, si firent

lors convenances au roy de France que de leur biens né de leur vies

ne fussent privés, né ne fussent sousmis né malmenés né maumis; et

sousmistrent eux et leur biens au roy de France. Mais Robert, qui pou

de chevaliers avoit, issi de la ville et à Bruges où son père estoit

tout oiseux se reçut. Adecertes, le roy d'Angleterre Edouart qui estoit

venu avec le conte de Flandres, fu déceu, si comme aucuns dient; car

pour certain il luy avoit mandé qu'il tenoit pris le conte Robert

d'Artois et Charles de Valois, le frère au roy de France; lesquiels il

devoit tenir à Bruges en prison, si comme il disoit, ou pour ce que

plus sauvement peust estre cru. Iceluy roy d'Angleterre estoit là venu

pour aidier le conte de Flandres en sa guerre. Et lors quant le roy de

France oï les nouvelles de l'advènement au roy d'Angleterre, si garni

Lille de sa gent et s'esmut pour aler vers le chastel de Courtray,

lequel dès maintenant il prist abandon: et d'ilec après se hasta pour

aler Bruges asseoir. Et endementiers, Edouart roy d'Angleterre et Gui

le conte de Flandres laissièrent Bruges, et avec leur gent alèrent à

Gant pour la forteresse du lieu, où il furent receus; de laquelle chose

ceux de Bruges furent espoventés, et au roy humbles et dévos coururent,

et eux et leur ville en sa puissance sousmistrent. En laquelle ville

le roy de France fist un pou son ost prendre récréation, et puis

prist isnelement son erre pour aler vers Gant. Mais si comme il s'en

alast ainsi à une petite vilete, luy vindrent messages de par le roy

d'Angleterre requerans trièves, auquel, pour cause de yver prochain, et

pour l'amour du roy de Secile, qui pour ce venoit en France, à paines,

jusques à deux ans, à luy et au conte de Flandres octroia trièves: et

lors, ce fait, environ la feste de Toussains, le noble roy de France

Phelippe-le-Biau retourna en France.

[Note 153: _Sienne la vieille_. C'est la leçon du nº 218; les autres

portent: _A sa vie_, et le latin: «Apud urbem veterem.» Orvieto.]

[Note 154: _Esmeré_. Eprouvé.]

Les grandes chroniques de France (5/6) selon que elles sont conservées en l'Eglise de Saint-Denis en France · 第 99 / 290 题