ANNÉE 1297

_Coment Alfons d'Espaigne rendi tout pour délivrer son oncle de la

prison._

En l'an de grace après ensuivant mil cent et quatre-vingt et dix-sept,

Alfons et Ferrant frères, et neveus le saint roy Loys, viguereusement

et forment envaïssans Espaigne embatirent paour à tous les ennemis

de leur renom et de leur advènement; auxquiels vint lors leur oncle

messire Jehan qui escrut et enforça moult et eux et leur gent: car par

iceluy reçurent abandon villes et chastiaux pluseurs; lequel messire

Jehan, comme follement après alast sur les anemis, il fu pris: et

Alfons le sien neveu noble et gentil ne le pot autrement ravoir sé

toutes les choses qu'il avoit conquises ne rendist et restablist. Et

lors, par la grant libéralité et franchise de son cuer trait et demené,

pour iceluy rendi tout, estimant greigneurs estre les richesses d'amis

que de avoir des choses de ce monde muable copie né habondance[150].

Lequel Jehan, le vice d'ingratitude encourant, s'en vint droit à

ses ennemis et le royaume de Légions qu'il avoit pris du don de son

nepveu rendi aux anemis d'iceluy Alfons. Adonques Alfons, quant il ot

toutes ces choses perdues, par son grant courage seurmontoit toutes

choses adverses, ramenant à mémoire le très haut lignage des rois de

France dont il estoit descendu. Comme il n'eust ville né chastel où

il trouvast refuge, lors, contre l'opinion des siens qui conseil luy

avoient donné de retourner en France ou en Arragon, aux chams devant

un chastel se mist et arresta, et fist tendre ses trés et fichier

ses tentes; mieux voulant, pour droit et pour justice et son droit

requerant, mourir que retourner sans honneur et sans victoire. Duquel

Alfons le seigneur du chastel apercevant la sagesce, luy et sa gent,

par sa pitié, introduit et mena en son chastel, par l'aide duquel

Alfons après ce fist moult de dommages à ses anemis. Et endementiers

qu'il estrivoit à ses anemis et moult forment les guerroioit, Ferrant

son frère s'en vint en France requerre aide; et d'ilec ala à la cour de

Rome pour aide et secours aussi querre, mais d'une part et d'autre pou

de profit en raporta.

[Note 150: Rien de plus mauvais que cette traduction du continuateur

de Nangis. Il faut entendre ici: «Estimant plus grandes les richesses

d'amis que l'abondance des choses de ce monde.» Cette pensée étoit

alors une espèce de proverbe; on la reconnoît dans les beaux vers de

_Garin le Loherain:_

N'est pas richesse et de vair et de gris,

Mais est richesse de parens et d'amis:

Li cuers d'un home vaut tout l'or d'un païs.]

Les grandes chroniques de France (5/6) selon que elles sont conservées en l'Eglise de Saint-Denis en France · 第 96 / 290 题