XVII.

_De la prise Jehan de Saint-Jehan et de pluseurs autres._

En icest an ensement, Emons, le frère au roy d'Angleterre qui estoit

envoyé en Gascoigne contre la gent au roy de France, mourut à Bayonne.

Après la mort duquel endementiers que les villes et les chastiaux,

les gens au roy d'Angleterre tenans sa partie appareilloient à garnir

de vitaille, Robert conte d'Artois qui un pou devant avoit esté

envoyé du roy de France, estoit là venu. Quant il entendi ce par ses

espieurs, il empescha incontinent et isnellement les Gascons et gens

du roy d'Angleterre. Car comme il fussent sept cents hommes à cheval

et cinq mille à pié, le gentil conte avec sa gent qu'il amenoit

fors batailleurs, si fort envaï l'ost des ennemis que les Gascons

s'enfuirent; et les enchaça, et des greigneurs d'Angleterre à mort

accraventa bien cent ou environ; et ilec fu pris Jehan de Saint-Jehan,

et Guillaume le jeune de Mortemer avec autres nobles d'Angleterre; et

furent envoiés ainsi comme chaitis en France. Adont le conte de Lincole

et Jehan de Bretaigne furent chaciés de la bataille, et là laissièrent

et perdirent toute leur garnison avec leur appareil de bataille que

il menoient; et pour certain sé la nuit ne feust si tost venue et les

bois n'eussent esté si près, nul de ceste multitude de gent n'en fust

eschapé. Adont ne fu dès lors en avant qui envers le conte d'Artois où

les François osassent en bataille aler né venir.

Les grandes chroniques de France (5/6) selon que elles sont conservées en l'Eglise de Saint-Denis en France · 第 93 / 290 题