_De la bataille du conte d'Armignac et du conte de Fois._
En l'an de grace mil deux cens et quatre vingt et treize, le conte
d'Armignac contre le conte Raymont Bernart de Fois, lequel il avoit
appellé de traïson à Gisors, environ la Penthecoste, devant Phelippe le
roy de France et les barons, fu contraint à combattre encontre le dit
conte de Fois en champ, seul à seul. Mais aux prières du conte Robert
d'Artois, la besoigne et le descort d'iceux le roy de France prist sur
luy, et de la bataille qu'il avoient jà commenciée les fist retraire.
Et adecertes en cest an, Edouart le roy d'Angleterre pluseurs fois
et solempnellement à la court le roy de France fu semons, pour les
injures et malefaçons les quelles ses hommes avoient faites aux hommes
du royaume de France et de Normendie et d'ailleurs; venir n'i voult,
ainsois au commandement le roy de France despit et contredit. Mais
pour ce que à fausse conscience et à conseil plain de fraude peust
l'iniquité qu'il avoit commenciée parfaire, dist-l'en qu'il manda au
roy de France que il luy quittoit quelconque chose qu'il tenoit de
luy en fié né poursivoit; car il cuidoit et espéroit ce et plus par
force d'armes acquerre et ce, sans hommage de quiconque, dès ore mès
tenir. Et en cest an ensement, au mois de juignet, Noion, une cité de
France, fu toute arse et embrasée fors les abbaïes de Sainct-Eloi et
de Sainct-Barthélemi. Et aussi en icest an meisme, Henri d'Espaigne,
lequel le roy de Secile avoit tenu en prison par l'espace de vint-six
ans, s'en ala à son neveu Sancion[128] le roy d'Espaigne. Et en ice
meismes an, Guillaume l'évesque d'Aucuerre moru, auquel succéda en
la dite éveschié Pierre évesque d'Orliens, et renonça à l'éveschié
d'Orliens: et fu mis en sa place Frédéric le fils au duc de Lorraine,
qui en discorde avoit esté esleu évesque d'Aucuerre, après la promocion
du devant dit Pierre.
[Note 128: _Sancion_. Sanche, roi de Castille.]